19/01/2006

Ach, la Kultuur 3 : La critique : les passeurs au bord du gué.

A chaque blockbuster, c’est toujours la même lamentation des petits soldats de la critique. Face à des « produits » aussi « markettés », à quoi sert la critique ? A rien, bien sûr. Et c’est bien pour ça qu’elle est indispensable, comme le veux l’adage élitiste.

 

La vraie question, évidemment, n’est pas là. La question, comme toujours, est de savoir d’où ils parlent. Depuis bien longtemps, la critique se tient dans un lieu impossible, d’où la frustration. Les critiques s’obstinent à se tenir dans cette position d’outils marketing qu’ils se refusent pourtant à assumer. D’où ces sempiternelles polémiques mesquines, telles que la lettre de l’ARP il y a quelques années ou le procès intenté par Besson à un critique plus récemment.

 

Pour couper court à toute polémique stérile visant à détourner le débat, sur le mode « les critiques sont des cons », je poserai une hypothèse, à laquelle je crois fermement : les critiques sont des intellectuels. Sauf qu’un intellectuel qui se tient dans le flux de l’actualité est comme tout le monde : un idiot, râlant en essayant de montrer qu’il est plus intelligent que ça. Le critique est alors simplement un idiot qui râle plus fort que les autres. Quand le spectateur lambda pourra râler parce qu’il trouve King-Kong trop moyen, le critique entonnera son air de c’était mieux avant et démontrera par A+B que le King-Kong original était plus abouti. Le résultat est tout aussi inepte, juste un peu plus érudit.

 

Le problème est donc là : que le critique continue à chercher à juger, à faire ce qu’on attend de lui. Parce que, ne nous leurrons pas, il y a longtemps que l’avis des critiques n’intéressent plus que les attachés de presse. Pour le spectateur classique, la critique ne participe qu’au bruit médiatique, donc à la promo. Ce qui lui déplaît donc, fortement.

 

Les choses sont certes un peu plus complexes que cela : depuis quelques années, l’industrie a créé une nouvelle ( ?) catégorie de films, histoire de donner du biscuit à ses fidèles serviteurs, le film à critiques. Plutôt genre à part entière que catégorie, en fait, vu que ces films répondent à des codes bien précis. Réalisateurs « outsiders », si possible étrangers, sujets humanistes de gauche et, au choix, acteurs engagé, ou forme documentaire itou. Mais le genre populaire esthétisé peut aussi faire l’affaire. Modèles déposés : Michael Moore, Zhang Yimou, The Constant Gardener. Recette infaillible, le film a 9 chances sur 10 dans le haut des listes – bilans de fin d’année. Et de persuader les bobos d’aller au cinoche.

 

Il n’y a pas de secret : l’intelligence demande de la distance. L’intelligence, c’est le contraire du jugement. Une critique, toujours aussi inutile, mais plus intelligente, est peut-être possible : elle impose de ne pas juger, mais de comprendre. Ne pas accueillir les films comme des ennemis potentiels, mais comme des œuvres à prendre en compte, et tenter de comprendre l’évolution des formes. Au lieu de casser les nouveaux Star Wars l’un après l’autre (là, je peux y aller, j’ai été le premier d’entre eux), mieux aurait-il valu essayer de voir où voulait aller l’auteur. Pas « ces images sont-elles bonnes ?» mais « pourquoi ces images ? ». Et réévaluer les films à l’aune de la trilogie.

 

J’attends ainsi toujours un texte sur l’influence des effets digitaux sur la forme cinématographique contemporaine, alors que je n’en peux plus d’entendre les lamentations sur son avènement.

 

Ah que c’est bon la naïveté !

21:03 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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