08/11/2005

Les images sont toujours du côté du pouvoir

Ca fait deux semaines bientôt que les mêmes images des émeutes françaises accompagnent les mêmes mots ("caillassage", ça vient d'où, ça?).


Deux semaines que je me demande comment ça se fait que des français se révèlent incapables de filmer d'autres français. Pourquoi ces images de France ont des airs d'Intifada nocturne (l'autre jour, un journaliste commente son étonnement quand il entend des "Dieux est Grand" - je ne veux pas écorcher les mots).


Samedi dernier, grand retour de l'hebdo du médiateur où un journaliste avoue, qu'ils filment casqués, derrière les CRS. Bref, qu'ils ont peur.Qu'on s'entende bien, je ne vais pas reprocher aux journalistes d'avoir peur. Moi aussi, en bon petit bobo blanc, j'aurais peur. Ce qui m'ennuie, c'est que ça donne des images univoques sur l'une des plus graves crises qu'a connu la France ces 30 dernières années et que ça ne semble gêner aucun journaliste.


Alors oui, ça demande énormément de courage d'aller chercher des images comme celles qu'on a vues hier au Vrai Journal de Canal. Des images de l'autre côté. Du temps et pas mal de métier aussi. Le temps d'aller filmer le mur d'enceinte de la fameuse centrale où sont morts les deux jeunes. D'aller montrer que ce mur, il est haut, et qu'il a fallu avoir vraiment peur pour escalader ce truc. Et que donc les flics devaient pas être des tendres. Du courage d'être au milieu des gars, remontés de savoir qu'une mosquée où leurs pères et mères étaient en train de prier venait de se faire gazer. Du professionnalisme pour tenir son micro près de celui qui tient un discours alors que d'autre vocifèrent leur haine juste à côté.


Ce moment-là, c'était du journalisme, c'était ce qu'on devrait vraiment voir, plutôt que tous ces discours des puissants et des victimes, même si eux aussi sont légitimes.Que je sois clair, je ne veux rien légitimer. Mais je veux comprendre tout ce qui se passe. Et j'ai le désagréable sentiment de ne pas être informé de manière juste. Et que des citoyens, même s'ils sont aujourd'hui en situation de totale illégalité, sont traités en sous-citoyens. En étranger pour tout dire. Il est clair que le journalistes qui a filmé les images du Vrai Journal a lui aussi dû avoir peur (on l'a vu, il n'est pas passé loin du tabassage). Mais il a continué son boulot.J'ai le plus grand respect pour le métier de journaliste, mais j'aimerais que ceux-ci rappelent qu'il y a bien un déficit d'image, dicté par la peur. Ce déficit est bien sûr implicite dans tout ce qui est filmé, mais l'éthique journalistique dicterait qu'il devienne explicite.


En un mot, j'en ai un peu marre de me rendre compte que l'information n'est plus que destinée à une bourgeoisie aisée (dont je fais partie) et pas à tous les citoyens d'un pays. C'est ça qui me fait le plus peur aujourd'hui.

21:19 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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