25/10/2005

Ach, la Kultuur ! (part 1)

C’est marrant comme, parfois, de vieux débats éculés refont violemment surface. Celui de la (sale) culture populaire et de (l’élitiste) culture « noble » par exemple qui m’est revenu à l’oreille ces derniers temps.


Episode 1 : le sniper culturel a encore frappé !


Finkielkraut. L’homme prêt a casser tout ce qu’il ne connaît pas (ou mal) pour mieux étayer ses théories a encore une fois tiré le premier, comme le citait Séguret  il y a déjà un mois (http://www.liberation.fr/page.php?Article=325762). La cible – le jeu vidéo - n’a rien de neuf, et je peux comprendre qu’on puisse ne pas aimer ça. Mais ne pas lui daigner la moindre existence culturelle, il y a une certaine marge qui confine à la malhonnêteté intellectuelle puisque sa propre réfutation ne peut servir qu’à alimenter le propos de Finkielkraut. Pour rappel, le gars, tout content d’avoir lu une phrase de Barthes sur la moindre importance de la modernité, vient de se rendre compte que la modernité n’est pas très cool, et d’ailleurs assez hystérique. Pour preuve, dit-il à France Inter l’autre jour, je me suis pris une volée de bois vert (l’article précité, supputé-je) pour avoir osé critiquer le jeu vidéo : hystérie de la modernité.


Episode 2 : la crise de la critique à Avignon.


Avignon a donc fait scandale cet été : trop élitiste, trop incompréhensible, la programmation était faite pour la critique et pas pour le public. A priori, je m’en fous, le théâtre c’est pas vraiment mon truc. Le débat, lui, m’intéresse : elle sert à quoi la critique ? Un art sans public est-il utile ? L’élitisme, est-ce que c’est sale ? C’est pas que j’attends des réponses, puisqu’il y en a pas. Non, c’est juste que, depuis le sexe des anges, l’Occident n’a pas eu de débat dogmatique (donc vain) aussi passionné et qu'elle a l’avantage de « placer » ceux qui y prennent part sur une sorte d’échiquier. Debray, qui était le centre du débat de France Cul, par exemple, est plutôt côté popu : il aimait Avignon du temps de Villar, la bonne vieille démocratie culturelle de papa.


Episode 3 : le père enterre son fils.


Toujours sur France Inter (je suis très webradio, ces derniers temps), il fallait avoir un solide sens de l’humour pour entendre François Léotard, devenu cerbère culturel pour je ne sais quel journal (La Montagne ?), cracher tout son venin sur Koh Lanta (c’est nul, il y a un type qui a dit « fait chier » trois fois de suite) et sur TF1 en général comme grosse machine à rendre con. Il a beau se draper dans sa dignité pour se défendre d’avoir été l’artisan de la vente de TF1 (c’était nécessaire pour casser le monopole de l’Etat), c’est quand même lui qui l’a donnée à un maçon… Mais bon, à l’époque, c’était une question d’économie, aujourd’hui, il y a crise du modèle culturel… Quoi qu’il en soit, entendre, à deux minutes d’intervalle, Léotard-le Ministre étriller le monopole télévisuel d’Etat et Léotard-le chroniqueur se féliciter de la défense de l’exception culturelle par l’Unesco, donne un peu le tournis quand même.


Bon, qu’est-ce que ça dit tout ça ? Tout bêtement que dès qu’il s’agit de culture, la réflexion se fait systématiquement court-circuiter par le jugement. La culture est une question de croyance plus que d’argumentation. C’est la culture, l’opium du peuple, celle qui nous donne la douce illusion d’exister, d’avoir une consistance. Bref, qu’on en a pas fini de se passionner pour ce débat. C’est le jour où cette illusion n’intéressera plus personne qu’il faudra s’inquiéter sur notre avenir.


18:04 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/10/2005

Chang Cheh à cheval…

… sur deux styles.

 

1970 : ça fait 3 ans que Chang Cheh a porté le genre du film de sabre à ébullition avec le sabreur manchot. Le genre commence lentement à s’essouffler. Les Shaw lui mettent le scénario de Vengeance entre les mains.

 

Drôle de film que ce Vengeance, hybride à tous les points de vue. Dans sa première demi-heure, le film est une sorte d’ode au film de sabre agonisant doucement : dans la Chine contemporaine (nous sommes dans les années 30) un danseur de théâtre se découvre une totale inadéquation esthétique au monde, qui le tuera. Il met tout dans le style. Autant dans son métier que dans la manière de se battre, virevoltant au sabre alors que les malfrats en sont au flingue. Chang Cheh en fait tout autant : tout son style est là, exacerbé jusqu’au baroque (les belles scènes du combat dans la bar et l’arrivée du frère du danseur).

 

Une fois le danseur mort, le film change de style. Les combats deviennent plus secs, plus longs, moins graphiques. Les corps ne parlent plus, ils laissent la place aux flingues, l’amitié virile est remplacée par le vengeur solitaire. La figure du sniper fait même son apparition.

 

Là, Cheh n’est pas à son aise. Lui, le roi de l’espace confiné (le studio), l’homme qui a appris à tout faire tenir dans un cadre, se trouve confronté à la distance, au hors-champ. Déjà, les éléments constitutifs du triller hongkongais moderne se dessinent, celles qui feront les délices des suivants : John Woo, Ringo Lam et Tsui Hark.

 

En attendant, Chang Cheh se plante. Mais en beauté. Même bancal, le film réussit dans son double mouvement à faire ses adieux à un style et à ouvrir (gauchement donc) la voie à un autre. Ce n’est pas rien, quand même.


20:43 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |