13/10/2005

Chang Cheh à cheval…

… sur deux styles.

 

1970 : ça fait 3 ans que Chang Cheh a porté le genre du film de sabre à ébullition avec le sabreur manchot. Le genre commence lentement à s’essouffler. Les Shaw lui mettent le scénario de Vengeance entre les mains.

 

Drôle de film que ce Vengeance, hybride à tous les points de vue. Dans sa première demi-heure, le film est une sorte d’ode au film de sabre agonisant doucement : dans la Chine contemporaine (nous sommes dans les années 30) un danseur de théâtre se découvre une totale inadéquation esthétique au monde, qui le tuera. Il met tout dans le style. Autant dans son métier que dans la manière de se battre, virevoltant au sabre alors que les malfrats en sont au flingue. Chang Cheh en fait tout autant : tout son style est là, exacerbé jusqu’au baroque (les belles scènes du combat dans la bar et l’arrivée du frère du danseur).

 

Une fois le danseur mort, le film change de style. Les combats deviennent plus secs, plus longs, moins graphiques. Les corps ne parlent plus, ils laissent la place aux flingues, l’amitié virile est remplacée par le vengeur solitaire. La figure du sniper fait même son apparition.

 

Là, Cheh n’est pas à son aise. Lui, le roi de l’espace confiné (le studio), l’homme qui a appris à tout faire tenir dans un cadre, se trouve confronté à la distance, au hors-champ. Déjà, les éléments constitutifs du triller hongkongais moderne se dessinent, celles qui feront les délices des suivants : John Woo, Ringo Lam et Tsui Hark.

 

En attendant, Chang Cheh se plante. Mais en beauté. Même bancal, le film réussit dans son double mouvement à faire ses adieux à un style et à ouvrir (gauchement donc) la voie à un autre. Ce n’est pas rien, quand même.


20:43 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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