19/07/2005

L'imagerie... Quoi l'imagerie?

Lire dans les Cahiers une série d’articles qui, de loin, ressemblent à une forme de mea-culpa, ou du moins de remise en cause d’un certain discours théorique idéologique, voilà qui attire l’attention (la mienne en tout cas).

 

Que cette remise en cause soit centrée sur trois des films qui m’ont semblé les plus intéressants de l’année écoulée (The Taste of Tea, La Vie Aquatique et Eternal Sunshine of the Spotless Mind), voilà qui réjouit (moi en tout cas).

 

Que tout cela vise à réévaluer le concept d’imagerie et voilà le numéro entre mes mains.

 

Sauf que, forcément dans une revue aussi dogmatique que les Cahiers (depuis sa reprise en mains par Frodon), l’entreprise tourne vite au fiasco et le tentative vise surtout à sauver quelques films et de laisser les autres dans le ruisseau.

 

En gros, les reproches sont toujours les mêmes, à savoir :

1)      les auteurs de ces films ont le tort d’être nés au milieu des images et d’avoir été élevés à la télé, au clip, au manga, à la vidéo ou au jeu.

2)      une clôture esthétique, la création d’un univers clos, hermétique au réel (l’imagerie, donc, ou la vignette, ou comme le dit l’un des contributeurs, le syndrome Pannini), centré sur une cellule de personnages resserrée : famille – réelle ou choisie, genre équipe ou petite entreprise – ou couple.

3)      une vision nostalgique ou phobique du monde, révélatrice d’auteurs qui « refusent l’âge adulte ».

4)      une thématique existentialiste, où les personnages doivent gérer un conflit interne, utilisant comme figure récurrente le retour du même.

 

C’est oublier un peu vite que le cinéma a tout de même pas mal évolué depuis les années ’70, et reprocher à des cinéastes de ne pas être nés à l’âge d’or de la cinéphilie (lire le bouquin de De Baecque, vite), de ne pas avoir vu tous les films en salle ou d’avoir été baignés dans le bain d’images contemporain est assez léger : comment peut-il en être autrement.

 

C’est fermer les yeux sur une évidence : le digital a définitivement altéré le statut de l’image (adieu l’image comme indice, comme trace, comme preuve d’un ça a existé) et le cinéma a besoin de s’abstraire du réel pour conserver une certaine légitimité.

 

C’est oublier aussi que la grande affaire de ce temps, ce n’est plus vraiment le politique (ce que recouvre en gros se terme de confrontation au réel), mais plutôt l’identité, la quête de soi, etc.. Pas vraiment le « pourquoi j’existe » de la génération précédente mais plutôt le « comment j’existe ». L’existence comme esthétique et plus comme politique, en somme.

 

C’est oublier enfin que la quête de soi n’est pas forcément une question d’action (l’action, c’est Hollywood, le seul lieu où se fait encore de la politique, voir précédemment). D’où le retour du même, de la même image pour pouvoir jauger du chemin parcouru.

 

Que ce soit de ce retour du même, de cette jauge que naît invariablement l’émotion de ces films (ce qui semble étonner les Cahiers) n’est finalement que naturel.

 

Finalement, on se rend compte que cette question un rien frelatée de l’imagerie n’est pas une question théorique ou esthétique mais une question de génération. Et on voit bien ce que donnent ces faux jeunes, bons élèves qui tentent de donner des gages à la génération précédente : du téléfilm douteux à la Meglio Gioventù.


16:22 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/07/2005

Etrange coïncidence?

Formellement, La Guerre des Mondes déçoit, c’est sûr : réalisé en roue libre (pour ne pas dire bâclé), le film refait le match Minority Report (même lumière, même travail sur la pulsion scopique, parfois mêmes scènes, Tom Cruise dans son éternel rôle de gamin attardé qui apprend la complexité du monde). Il y a bien quelques belles scènes, purement spielbergiennes, mais rien de transcendant. Seule chose à sauver, cette manière de toujours rester en-deçà de la ligne de la réflexion, d’installer le spectateur dans un constant état de panique (le deuxième film de cet été, après Batman Begins, qui prend la panique comme sujet de prédilection). Un pur cinéma d’effets, certes, mais qui en tire une justification.

 

Il reste pourtant le scénario du grand David Koepp, et sa grande idée d’un Mal qui vient bien d’ailleurs, mais qui « mûrit » dans notre propre sol. Intuition horriblement confirmée par la réalité, pas plus tard qu’hier.

 

L’une des grandeurs du cinéma commercial américain : cette capacité à prendre l’air du temps à bras le corps, à parler de l’état du monde avec une telle clairvoyance. C’est qui en fait, encore et toujours, son prix.


13:20 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |