15/04/2005

Bon d’accord, j’aurais dû me méfier : un film sur

Bon d’accord, j’aurais dû me méfier : un film sur Club RTL est rarement regardable. Mais là, alors que tous les films américains ou presque sont accessibles en DVD, diffuser « L’étrangleur de Boston » en une horrible compression d’image, c’est vraiment trop limite pour moi.

 

Me voilà donc devant le show chiraquien, avec la vague idée qu’il s’y passera bien quelque chose, révélateur de la Chirac’s Touch, vu que le sujet a suscité de belles engueulades dans les rédactions et que tout de même, le procédé est un peu curieux (même si le Président français n’en est pas à son coup d’essai en la matière, apprendrai-je plus tard). Quelque chose qui révélera le discours véritable de cette mise en scène.

 

La mise en scène, c’est 83 jeunes placés sur une estrade façon assemblée, ou plutôt amphi universitaire. Chirac, bloc note sous le coude pour montrer qu’il écoute, sur une table-pupitre, avec le seul journaliste – PPDA – à ses côtés. En face, les animateurs honnis qui ne sont là que comme facilitateurs de parole, en spécialistes qu’ils sont du « pour que les gens qui nous écoutent comprennent bien ». Des 83 jeunes, peu parleront. Seuls, pour tout dire, les représentants de toutes les catégories inquiètes. Il y aura eu là, s’identifiant bien scolairement, le vert, le rouge, la bleue très bleue, l’agriculteur, l’étudiant précaire, etc…

 

Et il y a surtout les questions liminaires (dixit) de PPDA, celles qui ont fâché ces derniers jours, celles qu’on se pose tous en fait : pourquoi choisir des jeunes alors que ce sont les « actifs » qui sont les plus susceptibles de voter non ? Et surtout, pourquoi pas un débat avec un politique tenant du non ?

 

Pour le choix des jeunes, Chirac répond un peu à côté, mais pour la question du choix du dispositif, là, il est plus clair. « Je ne voulais pas d’une discussion de spécialiste ».

 

C’est bien ça la méthode Chirac, son opposition fondamentale avec son prédécesseur. Ce qu’il ne veut pas, donc, c’est d’un débat d’idées à l’ancienne. Pas de politique de papa, celle où le politicien est là pour défendre son choix. Lui, il n’est pas là pour débattre. Il est là pour expliquer (« pour que les gens qui nous écoutent comprennent bien »). Il est là pour rassurer les inquiets. Il est là pour persuader, pas pour convaincre, nuance.

 

C’est en ça que le choix des jeunes s’imposait. Ce qu’il fallait à Chirac, ce sont des candides, des gens qui ne connaissent pas le dossier (les jeunes en question ont avoué ne pas connaître le texte de la Constitution et, fâcheux oubli, personne n’a pensé le leur fournir). Des gens dans le brouillard, qu’il pourra prendre tranquillement par la main, plutôt que de dissiper le brouillard.

 

Finalement, ce qui passe dans cette mise en scène plus que dans le débat lui-même, ce qui est donc le vrai discours de Chirac dans cette campagne, c’est un discours envoyé à ces « actifs » réticents et justement pas représentés sur le plateau : « Votez oui, c’est pour vos enfants que vous votez et regardez comme je viens de les rassurer ».

 

A y réfléchir, ce procédé qui paraît si outrageusement nouveau, n’est pas vraiment éloigné de la manière de faire gaullienne, cette manière où le message est toujours, invariablement, « je vous ai compris » (ou au moins entendu). Cette méthode fleure bon les vieilles conférences de presse du Général, où les questions des journalistes étaient connues d’avance, sélectionnées et les réponses écrites. Une manière très vieille de faire de la politique, faite juste avec un peu plus de discrétion. Cela s’appelle du paternalisme et l’émission d’hier n'en était qu’un exemple de plus.


20:56 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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