21/10/2004

Et si la télé n'était "poubelle" que dans l'oeil des chroniqueurs?

Pourquoi ce genre de choses m'énervent encore? Et pourtant, la chronique de Philippe Thiriard, aujourd'hui dans La Libre, avec toute sa critique intellectualisante, où toute série télé (forcément Made in US), où tout ce qui passe à la télé (en prime time, j'y reviendrai) est mauvais, nul, ignoble, vulgaire, toujours, systématiquement; cette chronique-là, elle m'a mis dans une colère noire. Parce que ce grand lavage de cerveau, qui fait tant plaisir aux gens comme Phlippe Thiriard, qui ont ainsi du grain à moudre, je n'y crois pas.
 
Alors comme ça, la dignité elle ne serait que dans le passé (allusion aux débats de Polac, pourtant bien critiqués à l'époque comme l'est Ardisson aujourd'hui si mon souvenir ne me trahit pas) ou alors dans les recoins de la télé, celle que personne ne regarde? Thiriard prend ainsi l'exemple d'un programme de la BBC (!) qui passe le matin.
 
Autant citer, hein:  Vers onze heures du matin, à la BBC, on peut voir des patients à l'hôpital raconter brièvement leur problème médical mais aussi qui ils sont, ce qu'ils font «dans le civil». De jour en jour, on suit certains d'entre eux, dans leur progrès, leurs victoires ou leurs échecs: ce ne sont plus des malades, mais des gens, des vrais, comme vous et moi. C'est simple, respectueux, intéressant, souvent émouvant sans être démagogique ou larmoyant. Et si c'était cela, la télé-réalité?
 
Eh bien, pour moi, la dignité de la télé, elle peut aussi se trouver dans un programme comme Koh-Lanta qu'on peut (et qu'on devrait) aussi voir comme une sorte d'expérience - un brun perverse comme toutes les expériences - d'anthropologie sauvage (où on se rend compte que l'homme reste quand même un peu un grand singe).
 
On peut la trouver dans le témoignage de Marie L. chez Mireille Dumas (oui, Mireille Dumas!) . Parce qu'à voir cette fille pâle, couronnée de cheveux de jais, parler avec une voix très Jeanne Balibar, à voir l'innocence irradier de cette fille fragile, on peut comprendre, enfin, ce qui est passé dans la tête des flics, pourquoi ils l'ont crue, ne fût-ce qu'un temps. Et ça, les éditorialistes de tous les journaux, agitant vainement leurs grands principes démocratiques et journalistiques, tartinant leurs phrases "Made in Pays des Lumières" n'y arriveront jamais.
 
La dignité de la télé, c'est de permettre de voir, et d'entendre. La dignité de la télé, c'est qu'elle filme d'abord et avant tout des visages, et qu'un visage ne peut jamais mentir longtemps. Mais pour cela, eh bien, il faut avoir envie de voir, avoir un vrai sens critique, une ouverture d'esprit. Finalement c'est peut-être celui-là le plus lamentable des degrés zéro.

22:35 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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