17/08/2004

Jusqu'il y a peu, j'étais persuadé que la seule chose vrai

Jusqu'il y a peu, j'étais persuadé que la seule chose vraie, voire pure, c'était l'art, et que la culture n'était qu'une sorte de parasite, comme une nuée de phalènes attirées par la lumière aveuglante de l'art. Je me disais que la culture c'était comme une gangue ludique, commerciale, économique, voire financière qui finirait par étouffer la production artistique.
 
Cette vision romantique et, je crois, finalement assez moderne, j'en suis plutôt revenu, au point de penser l'inverse. C'est le concept d'art qui est un résidu de la culture. Ce qu'on appele art aujourd'hui, c'est l'ensemble des productions qui ont perdu leur sens et leur utilité dans la pratique culturelle quotidienne des individus.
 
C'est en relisant Dick, et plus précisément son roman qui a inspiré Blade Runner qu'en quelque sorte la confirmation m'est venue. L'idée de Dick, c'est que ce qui distingue l'humain de toute autre créature c'est qu'il est le seul à pouvoir croire à ses propres mensonges, et à y tenir.
 
Toute la production artistique, de tous temps, a tendu à entretenir ces mensonges: religions, pouvoirs, utopies, doctrines politiques, tous "mensonges" (disons illusions) qui forment le ciment des sociétés et qui sont au centre des pratiques cultu(r)elles quotidiennes. Tant que ces productions avaient pour fonction de maintenir l'illusion, il n'est venu à l'idée de pas grand monde de les considérer comme de l'art tel qu'on l'entend aujourd'hui (c'est-à-dire une sorte d'instance supérieure, intouchable et libérée de toute contingence). Ce n'est qu'à partir du moment où elles ont commencer à perdre leur sens (où des illusions se sont fendillées), donc environ à la Renaissance que le concept moderne d'art est né avec tout son cortège d'archéologie.
 
Du coup, je m'agace et m'inquiète de voir ces tentatives répétées d'inclure certains pans nde otre culture actuelle dans le domaine de l'art: cette volonté de remiser le cinéma au musée et de rejeter avec dédain la production actuelle (sans même parler de l'horripilant discours sur la mort du cinéma), ou encore le pathétique lobbying de l'industrie et la presse spécialisée dans le jeu vidéo en France pour faire passer le jeu au rang d'art avec pour seule conséquence une possibilité d'être subsidié!
 

09:07 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

12/08/2004

Vestige de l'amour

L'autre jour, la petite amie d'un ami, de passage dans mon modeste chez-moi, me sort la chose suivante: si on y regarde de plus près, le scénario de Terminator, premier du nom, ne tient absolument pas la route: John Connor envoie dans le passé un type qui deviendra son père. Impossibilité ontologique.
 
Franchement, dans un autre moment, j'aurais envoyé valdinguer la remarque dans les tréfonds de mon oubli le plus méprisant, comme toutes les autres remarques des armées de "vraisemblants" (comme disait Hitchcock) qui peuplent la cinéphilie (ou -phagie). Sauf que là, cette impossibilité recèle quelque-chose d'un peu plus intéressant, à mon goût: moteur invisible de l'histoire, Connor devient du coup un être qui n'existe pas, le deus ex-machina de l'histoire, celui qui en quelque sorte tranforme l'héroïne en guerrière cameronnienne: le metteur en scène fantasmatique du film. Le créateur de l'histoire se faisant engendrer par ses propres personnages et, forcément, mis hors-jeu.
 
Pas étonnant, du coup, que Terminator 2 soit une toute autre histoire.

09:41 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

09/08/2004

Il faut imaginer le gamer heureux

Depuis une bonne dizaine de jours (depuis que je me suis remis sérieusement à jouer d'ailleurs), une image ne me quitte pas. Petit retour sur "les faits". Après un court docu d'Arte sur les jeux vidéo (pas mal au demeurant), interview-plateau de Serge Tisseron qui sort, en gros, deux choses:
1. Ce qui intéresse les joueurs, c'est le challenge. Pas la violence, pas la vitesse, pas l'illusion de la possession: le challenge. Si bien que dès qu'un jeu ne représente plus de challenge, le joueur le délaisse et en change.
2. Les parents devraient essayer de parler aux enfants de leur expérience de jeu, pour leur ménager comme un espace de "descente".
 
Bizarrement, l'image qui m'est venue à ce moment-là, c'est celle du joueur comme d'un Sisyphe de Camus. Un Sisyphe volontaire, qui choisit son rocher. Et je dois le dire, cette image m'a plu. Je ne sais pas très bien où elle va me mener mais je compte bien faire un bout de chemin avec elle.

09:12 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02/08/2004

American Splendor

Il m'aura peut-être fallu du temps (près d'un an, quand même!), mais je l'aurai quand même vu, ce film! Si, dans sa forme, il ressemble à peu de choses près à ce que je m'attendais, il finit quand même par me décevoir un peu. C'est qu'en fait, un paramètre d'importance vient s'ajouter: Harvey Pekar.
 
Qui est Harvey Pekar? Le héros du film. Mais encore? Un loser total, qui traîne son air mauvais et ses yeux inquiets dans les rues de Cleveland, entre boulot merdique et désespoir privé. Harvey Pekar, c'est aussi un collectionneur fou (de disques de jazz), et un fan absolu de BD.
 
C'est là que tout se noue. Pekar croit en une chose: la BD peut le sauver d'une vie totalement insipide. Pas en faisant de lui une star ou un héros, juste un personnage de fiction. Le truc de Pekar, c'est de croire tellement en la fiction qu'il se dit qu'il suffit de transposer sa vie et ses pensées désabusées en BD pour leur donner un sens. Et ça marche: sa vie reprend une direction et la BD devient culte. Voilà, en gros, pour l'histoire.
 
Du coup, la façon qu'ont les réalisateurs de traiter le sujet gêne un peu. Parce que les auteurs, eux, s'évertuent à y voir un homme qui se perd dans les rêts de la médiatisation, au bord de la schizophrénie à force de ne plus savoir distinguer ce qui est vraiment vécu et ce qui est embelli, le vrai du faux. Le film ne cesse de rappeler qu'il est un film et somme le spectateur de se rappeler son statut de spectateur. Ca provoque un drôle de sentiment de voir un film hurlant ses doutes en la fiction, contre l'avis de son propre personnage qui, lui, en a fait sa bouée de sauvetage.
 
Limites et misères du post-modernisme.

09:39 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |