22/05/2004

Hulk: un symptôme

Et pourtant, je le savais: il faut toujours porter un minimum d'attention aux gros blockbusters de l'été. Il faut poutant bien dire que j'étais très vite passé au dessus de The Hulk, avec son énernel scénario psychanalytique ("Qu'est-ce qui s'est réveillé?" -"Moi. Ca.") et son irritante esthétique bédéphile à l'imagerie en poupées russes.
 
C'est en revoyant le film en DVD avec son gros appareillage de bonus que le film d'Ang Lee apparaît 1) comme un vrai film d'auteur et 2) comme le symptôme de l'impasse commerciale dans laquelle se trouve le cinéma hollywoodien. Qu'est-ce qu'on y apprend dans ces bonus?
 
1) Qu'Ang Lee lui même s'est prêté au jeu de la motion capture et que donc le gros truc vert en colère, c'est lui. Voilà qui réveille forcément la machine à délirer, "politique des auteurs-style". Que le réalisateur ait voulu s'inscrire lui-même dans ce qui, par définition, lui échappe le plus - le bonne grosse technique qui tache - est une réaffirmation de fait. Que ce soit lui la chose que tout le film s'évertue à abattre - jusqu'au héros lui-même qui disparait totalement sous les muscles -, qu'il soit la bête noire d'une instance normative comme l'armée (qui soit dit en passant est en passe d'être sous la coupe de la course à l'argent), fait immanquablement penser au combat du réalisateur pour l'intégrité, pas de son oeuvre mais au moins de sa vision et de son statut.
 
2) Cette dimension auteuriste n'apparaît qu'une fois qu'on ait vu le film en DVD. Lee est conscient que l'industrie du cinéma s'est radicalement transformée depuis la première apparition de l'idée d'auteur il y a 60 ans. Ce que révèle avec acuité The Hulk et le discours caché d'Ang Lee, c'est la structure de l'industrie cinématographique: le film en salle n'est qu'un produit d'appel, un appetiser qui ne vise qu'à faire vendre le DVD dans lequel on pourra découvrir comment tout cela a été possible. D'où le besoin d'en faire toujours plus dans l'esbroufe pour justifier la désir d'aller y voir de plus près. La fin du cinéma dans sa pure finalité d'oeuvre finie au profit d'une sorte de foetus dans un bain amniotique technique qui serait le "produit fini" à vendre.
 
Parce que l'espoir n'est plus vraiment permis: les bonus DVD ne sont qu'une accumulation d'apparat technique et promotionnel qui vise à faire barrage à tout apparat critique sur l'oeuvre. En inscrivant son discours dans ces bonus promotionnels, Lee prend acte de cette nouvelle donne du discours cinématographique (fin de la critique, règne du tout promotionnel) pour y inscrire son propre discours.
 
Cette démarche-là n'est pas très loin de celle d'un Fritz Lang ou d'un Nicholas Ray, en fin de compte. 

17:28 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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