26/04/2004

Pirates des Caraïbes

Jusque dans ses occurences les plus banales - quoi qu'on ait connu faiseur moins abile que Gore Verbinski et producteur moins prolixe, à défaut d'être avisé, que Bruckheimer - le cinéma américain n'en finit pas de mythologiser à plein tube.
 
Même dans cette adaptation d'une attraction de parc à thème pataude (il faut voir Johnny Depp adopter jusqu'à la gestuelle des poupées de l'attraction) et un rien grandiloquente, on peut assez facilement voir un côté épique, le récit voilé d'une fondation.
 
Ces pirates sans histoire (aucun d'eux n'a d'existence au delà de 3 ans, sans parler de la moindre notion d'avenir), maudits d'avoir tenté de s'emparer d'une culture ancestrale, dont la rédemption ne viendra que d'un retour au corps; cette société par défaut, à la multiracialité en apparence apaisée, dont le "Code" flou s'oppose à la rigidité de la Loi anglaise. Ce peuple, a-moral, plutôt qu'immoral, au territoire mouvant, qui n'a que son pragmatisme terre-à-terre comme particularité, ressemble tout de même fort à l'Amérique telle qu'elle doit se voir.

20:49 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/04/2004

Girl with the Pearl Earring

L'un de ces films qui, à force de vouloir être beau, ostensiblement beau, inattaquable en tout point, aimable par tous, en devient fade et laid. A croire qu'on ne peut parler de peinture sans en faire une éducation à la sensualité, une lutte entre la quête du Beau et les bas besoins financiers.
 
Il y a quelque chose d'un peu veule dans ce maniérisme petit-bras qui veut que chaque plan soit "à la manière de" Vermeer, que chaque scène soit plongée dans une pénombre esthétique, que les extérieurs soient baignés dans une brume à la lumière vermeerienne. On en ressort avec ce sentiment que le peintre n'avait qu'à reproduire ce qui l'entourait. Qu'on traite ici le maître de Delft comme un peintre pompier des petites gens.
 
Tout cela ressort à mon goût d'une manière de se servir du patrimoine artistique de la vieille Europe comme d'une arme pour répondre  "sur son propre terrain" à l'Amérique. D'une sorte d'héroïsation de la Grande Culture s'opposant à la mythologisation du comic-strip qui font les blockbusters du moment. Sauf que là où Vermeer est transformé en statuaire grecque, témoin immobile et muet de son propre Art, Superman vole, Spiderman rebondit sur chaque bout de mur et Keanu Reeve arrive à arrêter le temps. Il y aura toujours plus de mouvement, d'action, de vie, de cinéma à Hollywood que dans ces tentatives de perdant.

19:19 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |