25/10/2003

Mystic River

La cause est entendue: Eastwood est l'un des derniers bastions du classicisme au cinéma, et Mystic River - film magnifique sur le silence, la culpabilité et le poids du mal, tous thèmes eastwoodiens par excellence - le prouve une fois encore.
 
Sauf que je commence à me dire que ce terme de chantre du classicisme finit par sérieusement se galvauder, qu'on l'utilise un peu comme pour liquider le problème et passer à autre chose. Et, en sortant de la salle, je me suis posé cette question: c'est quoi, être classique, au cinéma?
 
C'est faire une adéquation parfaite entre le fond et la forme? Mais alors des maniéristes comme les Coen entrent dans cette catégorie.
 
Le refus de toute afféterie formaliste? Mais l'afféterie est une question de jugement personnel.
 
Je crois, à voir ce film, que ce qui caractériserait le classicisme, ce serait cette capacité - qui, elle, semble effectivement se perdre - de filer des métaphores visuelles. Il y a chez Eastwood cette possibilité de retrouver, résumée en un plan ou en une scène, toute la thématique du film, des personnages, ou des rapports entre eux. Mais aussi de provoquer une émotion par un mouvement de caméra, par de la pure mise-en-scène (sans forcément passer par les dialogues).
 
Comme cette scène magnifique sur une bouche qui se tait pendant de longues secondes. Puis elle se met à parler: la caméra recule et révèle le visage resté inconnu jusque là. En un mouvement de caméra on a compris ce qu'Eastwood voulait dire: le silence détruit, seule la parole nous construit en tant qu'individus.
 
L'une des scènes les plus émouvantes que j'aie vu depuis longtemps.
 
 

13:55 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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