24/10/2003

Toutes mes excuses ...

A tous ceux qui lisent ce blog (oui, les deux, là, au fond), je tiens par avance à faire mes plus plates excuses.
 
1. Je tiens à m'excuser de ne pas tenir la promesse que je me suis faite à moi-même: ne jamais parler de sujets d'actualité dans ce blog. Or, voilà, c'est fait: je vais parler, frontalement cette fois, du voile. Oui, encore oui.
 
2. Je suis franchement désolé mais je crois bien que ça risque d'être long, ce qui est la pire des choses pour un blog. Mais: a) je m'en fous un peu et b) ça s'opposera un peu à la monstrueuse prolifération de petites phrases définitives qui semblent tant satisfaire mais qui, moi, ne font que me faire sombrer encore plus dans le mystère.
 « La laïcité n’est pas négociable »,  non mais franchement, ça veut dire quoi? 
 
3. Toutes mes excuses pour ma crétinerie. Je croyais que le voile n'était qu'un signe et que, comme tous les signes, il est susceptible de toutes les interprétations, de tous les délires. Bref qu'il recouvrait (en plus des cheveux des musulmanes) une série de fantasmes. J'ai toujours cru (et je continue à croire, je suis incorrigible) que le débat sur le voile était un faux débat, qui recouvrait sous ses beaux atours de "débat sur la démocratie - ou sur la république en France" des idées un chouïa plus sournoises: "cachez cette religion que je ne saurais voir". Idée que vient corroborer cette idée française de signe ostentatoire (donc visible). Ou encore cette magnifique phrase du proviseur de l'école qui a renvoyé les deux filles: "montrez vos oreilles et on passe l'éponge". Grandiose!
 
J'entends et lis à gauche et à droite que le problème est le même pour la croix ou la kippa. Mais la croix et la kippa ont-elles déjà été à l'origine directe d'un tel débat de principe? 
 
Je continue aussi à croire que toute la problématique que cache le voile (soumission de la femme, intégrisme, etc) ne sera clairement pas réglée par l'obligation de retirer le voile à l'école. Tout comme ce fantasme qui veut que faire rentrer un voile dans une école est obligatoirement y faire rentrer l'intégrisme. De manière très crétine, je continue à croire que la seule chose qui pose problème, c'est le refus de suivre des cours pour raison religieuse. Là, et uniquement là, il y a problème.
 
4. Pardonnez mon côté obtus, mais je croyais que la laïcité était une idée, un concept, pas un mode de vie. J'ai cru (c'est ce que j'ai retiré des mes années d'école en tout cas) que la laïcité était un principe qui régissait le fonctionnement de l'Etat. Un concept qui promeut la liberté de penser et qui édictait que l'unique rôle de l'Etat est de donner tous les moyens aux citoyens de pouvoir l'exercer (en ce inclus sécurité sociale, couverture chômage, etc, bien sûr). Jamais je n'ai entendu qu'il fallait obliger les gens à penser librement, uniquement de leur permettre (on garde le droit inaliénable d'être con comme un manche, c'est ça aussi la liberté). Mais il faut dire qu'il m'est arrivé de dormir parfois au fond de la classe.
 
Et malheureusement, je continue à (sous-)entendre dans nos rues que ce qu'on reproche au voile c'est que chez nous, ça ne se fait pas (ou plutôt plus). Je n'appelerais pas ça du racisme (je n'aime pas les grands mots) mais plutôt une certaine paresse intellectuelle et le désir d'un certain confort de pensée où rien ne saille. Pour le dire en plus court: plutôt que de vouloir défendre la laïcité c'est en fait le cosmopolitisme qu'on voudrait éliminer.
 
Et même si, à moi aussi, il arrive qu'il me fasse peur (on a ses moments de connerie), le cosmopolitisme est bien le seul -isme que j'aime.
 
5. Veuillez excuser ma naïveté, mais je croyais que l'école était l'endroit où on développait chez les enfant l'amour de ce concept de laïcité (de l'Etat, je le répète), le goût pour l'exercice de la liberté de pensée. Bref, en interdisant l'école à des enfants, comment les intègre-t-on? Pourquoi les obliger à penser librement (idée qui m'échappe mais c'est finalement à ça que se résument les discours qu'on entend). Et comment leur faire aimer le libre arbitre dans de telles conditions? Surtout, comment exiger d'eux un libre arbitre qu'ils sont justement là pour apprendre?
 
Pour le dire plus clairement: le but de l'école est-il d'interdire le voile ou de permettre à ces jeunes filles, après un long et pénible processus, de l'enlever ou de le garder en âme et conscience? Car, je le crois (je le répète, je suis naïf), la vraie laïcité est un long travail et ne se résout pas en enlevant un voile de force.
 
La plus belle chose que notre société et notre école puissent produire, ce ne serait même pas que de jeunes musulmanes enlèvent leur voile mais nous expliquent de manière sensée, libre, personnelle, pourquoi elles le mettent. Là se limite le rôle de l'école. Et il est énorme.
 
Encore une fois, pardonnez ma bêtise, ma naïveté, ma péroraison.
 
And now, for something completely different. 



21:12 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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