19/10/2003

Parmi mes petits plaisirs télévisés honteux, il y a l'Heb

Parmi mes petits plaisirs télévisés honteux, il y a l'Hebdo du Mediateur (le samedi, sur France 2, à 13h30 quand ils n'ont rien de mieux à passer). D'abord parce que les petits exercices de méta-télévision, c'est toujours intéressant en soi, parce que ça me rappele systématiquement cette petite phrase de Baudrillard: l'un des axiomes de la société de consommation, c'est la tautologie. Et surtout parce que ça me renseigne sur le rapport qu'ont les spectateurs à leur télé.
 
Certes, tout ça se rapproche souvent des petites oukases moralo-cucul de l'ATA (l'Osservatore Romano de la télé) mais il en reste néanmoins toujours quelque chose à retirer.
 
Ainsi, hier, l'éternel et inutilissime débat sur le foulard - et par extension sur la tenue vestimentaire des jeunes à l'école - : toujours le paternalisme de la droite française à son paroxysme soit dit en passant. Comme toujours, les sujets du journal de France 2 en prennent plein la gueule. Mais ce qui est fascinant, c'est le pourquoi de ces critiques. Bien sûr plus personne n'oserait se plaindre de ce vieux serpent de mer: la neutralité des sujets (15 ans de bidonnages divers sont passés par là quand même).
 
Non, ce qui fait râler dans les chaumières, c'est le discours véhiculé par les sujets, comment il ne correspond pas au discours personnel des gens. Ainsi de cette bonne femme qui se plaint qu'un sujet sur la tenue vestimentaire parte de la proposition (un uniforme pour tous, comme dans les années '60, images d'époque à l'appui) pour terminer sur sa "cause" (quelques culs moulés dans des pantalons d'où dépassent des strings) plutôt que l'inverse, ce qui aurait plus rendu justice à la proposition et donc - on le comprend en filligrane - à ses propres idées.
 
Idem pour le débat sur les foulards: les spectateurs reprochent systématiquement aux journalistes tout et son contraire. Soit d'en faire tout un plat (pour ceux qui ne voient pas le problème), soit de ne pas en faire assez (passionner le débat un maximum, dire clairement qu'interdire le foulard, c'est bien). Bref, ce que les téléspectateurs (ceux qui écrivent en tous les cas) réclament de leur télé, ce n'est pas de les informer, mais d'abonder dans leur sens. La quadrature du cercle parfaite: ne pas être un objet d'information pour tous, mais pour chacun.
 
Ou plutôt, pour le dire autrement - et reprendre mon interrogation de la semaine passée - ce que ces spectateurs veulent de leur télé, ce n'est pas des informations ou des idées (source possible de dialogue) mais des arguments (carburant des débats). Ou quand la réthorique pure (à la recherche de l'argument imparable) remplace la confrontation des idées... 

16:19 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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