16/09/2003

Mission Impossible / Ben Laden

Revu Mission Impossible hier soir.
 
J'aime ce film, y a rien à faire: ces personnages qui croient que leur identité n'est qu'une série de signes qu'il suffit d'effacer pour disparaître et qui n'arrêtent pas de se prendre des rappels à l'ordre de leur propre corps continue décidément à me plaire énormément. Il y a un côté touchant à ça: continuer à croire, comme des gamins, que la technologie pourrait en quelque sorte nous abstraire du réel et puis systématiquement être déçu dans cette croyance, et pourtant s'en étonner encore.
 
Et puis j'aime De Palma, son sens du baroque (la scène du restaurant-aquarium mériterait presque une étude universitaire), sa croyance en l'image comme objet presque organique, qui se chérit, se dissèque, s'emporte comme un fétiche... Et j'aime aussi Tom Cruise dans ce film, le meilleur coureur du cinéma. Filmer Tom Cruise en train de courir, c'est comme filmer la dégaine de John Wayne, ça ne peut faire qu'un bon plan.
 
En revoyant le film hier, je me suis remis à penser à Ben Laden, à ces images qui nous arrivent régulièrement, avec, toujours, ces mêmes questions qui les accompagnent: où est-il, est-il toujours vivant? Je me suis dit que lui avait réussit, en l'inversant, à appliquer le postulat du film: ce n'est pas en effaçant ses images qu'il a réussi à disparaître, mais en les multipliant, en ne devenant que ça: une image.
 
Si Bush n'arrive pas à gagner cette guerre (la guerre contre le terrorisme), c'est parce qu'il est encore dans une logique de territoires, sur lesquels il doit compulsivement poser ses petits drapeaux: occuper le terrain. Ben Laden (et Saddam Hussein avec lui, d'ailleurs) est ailleurs, sur une autre planète: les médias. Il est devenu un média: rien d'autre que ça, une image qui vient régulièrement rappeler que "l'idée-Ben Laden" est toujours là. Peut-être est-il mort, ce n'est pas ça l'important. L'important, c'est que ces images continuent de circuler, qu'il y ait encore, quelque part, un stock d'images inédites de ce gars susceptibles d'être diffusées, d'être brandies comme des talismans ou des signes de rappel, des signes que quelque chose, quelque part résiste, notamment à un autre registre d'images (c'est fameuses images de guerre qui nous font encore croire, de manière pavlovienne, qu'une guerre est finie quand la statue de l'ennemi tombe).

14:07 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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