19/01/2006

Ach, la Kultuur 3 : La critique : les passeurs au bord du gué.

A chaque blockbuster, c’est toujours la même lamentation des petits soldats de la critique. Face à des « produits » aussi « markettés », à quoi sert la critique ? A rien, bien sûr. Et c’est bien pour ça qu’elle est indispensable, comme le veux l’adage élitiste.

 

La vraie question, évidemment, n’est pas là. La question, comme toujours, est de savoir d’où ils parlent. Depuis bien longtemps, la critique se tient dans un lieu impossible, d’où la frustration. Les critiques s’obstinent à se tenir dans cette position d’outils marketing qu’ils se refusent pourtant à assumer. D’où ces sempiternelles polémiques mesquines, telles que la lettre de l’ARP il y a quelques années ou le procès intenté par Besson à un critique plus récemment.

 

Pour couper court à toute polémique stérile visant à détourner le débat, sur le mode « les critiques sont des cons », je poserai une hypothèse, à laquelle je crois fermement : les critiques sont des intellectuels. Sauf qu’un intellectuel qui se tient dans le flux de l’actualité est comme tout le monde : un idiot, râlant en essayant de montrer qu’il est plus intelligent que ça. Le critique est alors simplement un idiot qui râle plus fort que les autres. Quand le spectateur lambda pourra râler parce qu’il trouve King-Kong trop moyen, le critique entonnera son air de c’était mieux avant et démontrera par A+B que le King-Kong original était plus abouti. Le résultat est tout aussi inepte, juste un peu plus érudit.

 

Le problème est donc là : que le critique continue à chercher à juger, à faire ce qu’on attend de lui. Parce que, ne nous leurrons pas, il y a longtemps que l’avis des critiques n’intéressent plus que les attachés de presse. Pour le spectateur classique, la critique ne participe qu’au bruit médiatique, donc à la promo. Ce qui lui déplaît donc, fortement.

 

Les choses sont certes un peu plus complexes que cela : depuis quelques années, l’industrie a créé une nouvelle ( ?) catégorie de films, histoire de donner du biscuit à ses fidèles serviteurs, le film à critiques. Plutôt genre à part entière que catégorie, en fait, vu que ces films répondent à des codes bien précis. Réalisateurs « outsiders », si possible étrangers, sujets humanistes de gauche et, au choix, acteurs engagé, ou forme documentaire itou. Mais le genre populaire esthétisé peut aussi faire l’affaire. Modèles déposés : Michael Moore, Zhang Yimou, The Constant Gardener. Recette infaillible, le film a 9 chances sur 10 dans le haut des listes – bilans de fin d’année. Et de persuader les bobos d’aller au cinoche.

 

Il n’y a pas de secret : l’intelligence demande de la distance. L’intelligence, c’est le contraire du jugement. Une critique, toujours aussi inutile, mais plus intelligente, est peut-être possible : elle impose de ne pas juger, mais de comprendre. Ne pas accueillir les films comme des ennemis potentiels, mais comme des œuvres à prendre en compte, et tenter de comprendre l’évolution des formes. Au lieu de casser les nouveaux Star Wars l’un après l’autre (là, je peux y aller, j’ai été le premier d’entre eux), mieux aurait-il valu essayer de voir où voulait aller l’auteur. Pas « ces images sont-elles bonnes ?» mais « pourquoi ces images ? ». Et réévaluer les films à l’aune de la trilogie.

 

J’attends ainsi toujours un texte sur l’influence des effets digitaux sur la forme cinématographique contemporaine, alors que je n’en peux plus d’entendre les lamentations sur son avènement.

 

Ah que c’est bon la naïveté !

21:03 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/01/2006

Téléchargement légal : mensonges, insultes et fausses argumentations

Une fois encore, la France débat. C’est plutôt à son honneur. Sauf que comme d’habitude (remember la Constitution), elle ne peut pas s’empêcher de passionnaliser les discussions et risque bien de prendre la pire des décisions.

 

Je ne rentrerai pas dans le débat sur la légalisation du téléchargement, suffisamment complexe pour qu’on lui laisse un peu de temps. Ceci dit, les énormités, mensonges, demi-vérités, cris de Cassandre et insultes qui sont proférées ces derniers jours révèlent un état de fait qui m’interpelle, dans tout le conservatisme et le mépris qu’elles suent de tous leurs pores.

 

Les arguments des zélateurs du téléchargement légal (contre une redevance forfaitaire) sont en gros assez simples : la gratuité est une illusion, c’est la mort de l’art, vendu aux industries culturelles, ce qui favorisera une sélection naturelle où forcément, les plus faibles seront éliminés. Après tout, pourquoi pas, c’est une opinion qui se tient.

 

Ce qui m’ennuie plus, c’est de voir d’où vient ce discours, comment il est proféré, et sur quel ton.

 

1. Les tenants : tous, sans exception sont les bénéficiaires de l’industrie culturelle « traditionnelle ». Artistes soutenus par la machinerie promotionnelle (Bruni, Delerm, Benabar), représentants de l’industrie (Nègre et le patron de la FNAC qui, ironie, sont à l’origine du contre-feu pour avoir tenté de faire passer une loi liberticide et hyper-répressive en loucedé) et, derniers arrivés, critiques (Frodon, directeur de rédaction des Cahiers du Cinéma).

 

2. Le discours : parmi les bizarreries du discours anti-téléchargement, il y a cette analogie entre une chanson et une baguette (« c’est comme si on allait chez le boulanger et qu’on allait lui prendre son pain gratos »). Drôle d’idée, qui est le fond du problème. Il y a là une confusion révélatrice : contrairement à toute autre « produit », la culture (à fortiori la musique) est immatérielle (c’était le cheval de bataille de l’exception culturelle si je ne m’abuse). Si la musique est devenu un produit matériel, c’est par l’action d’intermédiaires (l’industrie pour faire court). Les mêmes qui sont menacés. Les mêmes qui gueulent aujourd’hui.

 

Aux dernières nouvelles, du pain, c’est de la matière et du travail. De la musique, ce n’est que du travail. Avec internet, on court-circuite une bonne part des intermédiaires (graphistes, commerciaux, fabricants, attachés de presse, transporteurs, boutiques, etc). Pourquoi irait-on payer pour un travail qu’ils ne font pas ? Ce que propose la licence légale, c’est de rémunérer les droits d’auteur. Ceux qui ont vraiment travaillé pour que je puisse télécharger un mp3, donc.

 

Reste alors la question du « qui va faire le travail de découverte des artistes ? », « qui va leur fournir les moyens de travailler ? » Personne, certes. Corollaire : est-ce que c’est grave ? Pas sûr. Tout d’abord, cette loi de la jungle tellement redoutée, elle est déjà là. Universal n’a-t-elle pas viré récemment tous les artistes qui ne vendaient pas assez ? Qui découvre les jeunes artistes ? Les petits labels, que les majors écrasent sans vergogne. Internet n’est-il pas un moyen facile et gratuit de se faire connaître ? Des artistes n’ont-ils pas été découverts par le net ? Des films n’ont-ils pas été des succès, voire n’ont-ils pas existé que grâce à internet ? (Pour des exemples, appelez-moi…) Autant pour la fonction de découverte.

 

Quand aux moyens de travailler : est-ce que sont les majors qui achètent les guitares des groupes, les disques et les platines des dj’s, les home studio des collectifs électro ?  Là aussi, les exemples abondent des petits albums auto-produits, qui ont leur succès.

 

L’un des meilleurs films français de l’année (dixit Les Inrocks), n’est-il pas Le Filmeur, de Cavalier ? Qui n’a pas coûté une fortune (tournage en DV en autarcie). Bizarrement, je n’en ai pas vu trace dans le circuit commercial belge. Mais sans doute ne l’ai-je pas bien vu, il a dû rester 3 jours dans un petit cinéma, sans promo.

 

Ce qui m’amène à la question de la raréfaction de l’offre. Seuls les plus grands titres sont disponibles. Etrangement, dès que je tape un titre d’un film qu’aucun éditeur de DVD ne veut sortir dans le moteur de recherche d’un réseau P2P, je trouve le film, dans 85% des cas. Pas de chance pour moi, je ne supporte pas de voir un film sur mon ordinateur de bureau, donc ça ne reste qu’un rêve pieux…

 

3. Le ton : Alors que je lis des explications plutôt scolaires ou des avis assez courtois dans le camp adverse, il y a une propension franchement désagréable chez les anti-téléchargement à manier l’insulte. Qui ne se limite plus au terme de voleur. Ainsi de Frodon - qui, il est vrai, manie l’insulte comme argumentaire mieux que personne. Dans son intervention dans le Libération de ce jour (http://www.liberation.fr/page.php?Article=348715), ça fuse pas mal : brutes, truands et bien sûr, sa favorite, stupides – oui, les gens qui ne sont pas d’accord avec lui sont tous des cons, qu’on se le dise une fois pour toute.

 

Oui, les téléchargeurs sont des cons, parce qu’en croyant à l’illusion de la culture gratuite, il signent la mort de la diversité culturelle, la mort de la culture.

 

Ce que je me dis moi, c’est que – pour paraphraser Frodon - il faut être idiot pour penser que quiconque a jamais cru à la gratuité de la culture. Les gens achètent peut-être moins de cd, mais paient un abonnement à l’internet haut-débit, plutôt cher, plus des cd et dvd vierges, des lecteurs mp3 eux aussi déjà taxés).

 

Ce que je vois, c’est qu’une économie parallèle existe déjà (celle du logiciel libre, justement), que des gens sont prêts à payer un service dont ils ont l’utilité (les donations pour de petits sites ou logiciels indépendants pullulent). Mais quand on leur donne la possibilité de ne pas payer un service inutile (une jaquette et une campagne promo agressive par exemple), ils l’évitent.

 

Il faut être idiot (merci Jean-Michel, c’est super facile, ton truc rhétorique !) pour croire qu’un bouleversement industriel va tuer la culture, qui a les reins plus solides que ça. Les gens ont tout simplement besoin de musique, de livres, de films, de culture.

 

Ce qui changera sans doute, c’est la structure de l’industrie culturelle. Certains tomberont (des majors peut-être et beaucoup de petits labels aussi, souvent déjà morts), d’autres réussiront à s’adapter. Les artistes devront sans doute prendre leur propre promo en mains, essayer d’assurer leur propre survie et leur propre reconnaissance.

 

Les festivals, de leur côté, devront (re)prendre en charge leur rôle de découvreurs et de vitrine. Et les critiques devront réapprendre leur travail originel de défrichage, de découverte. Et ne plus être le service de vente des industriels. Oui, Jean-Michel, tu auras plus de boulot, je comprends que ça te fasse râler.

 

4. Conclusion : Comme tout le monde, je tiens à la diversité culturelle. Mais qu’elle me soit servie en pâture dans un jeu de dupe, un jeu loose-loose, culture contre liberté et là je m’insurge. J’ai déjà suffisamment perdu de mes droits pour accepter qu’on surveille mes allée et venue sur internet, pour qu’on fabrique les outils qui permettent de connaître, à mon insu, mes actions et mes opinions. Même au prix, totalement illusoire, d’une mort de la culture.

 

 

Prochains épisodes : la crise de la critique, épisode ouatmille et la moralisation de la société. Si j’ai le temps ;)



13:32 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/11/2005

Ach, la Kultuur ! (Part 2)

Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il n’y a qu’un seul cinéma européen. Heureusement.

 

Mais il y a tout de même un cinéma européen tel qu’il veut se montrer. Il est là : http://www.europeanfilmacademy.org/htm/3Nominations.html. Et celui-là est décidément salement représentatif d’une certaine idée de cinéma qui finit par m’énerver un brin. Sur 40 films présélectionnés pour le prix du meilleur film européen (rappelons que ce prix est décerné par des professionnels européens), 2 films de genre. Une comédie espagnole et un film noir français.


 

Pour le reste, que du grand film à sujet. Loin de moi l’idée de critiquer la qualité de ces films. Je ne les ai pas tous vus évidemment et certains parmi ceux que j’ai vus sont plutôt bons voire très bons. Ce que je vois, c’est que le cinéma européen veut se montrer comme un cinéma de la grande conscience morale, un cinéma qui regarde de haut. Un cinéma aussi qui place le sujet et le scénario comme la valeur cardinale.


 

Ce cinéma européen-là a un arrière goût d’Unesco. Comme si, dans sa lutte contre les deux autres continents de cinéma, l’Europe n’avait que sa dignité à offrir, et pas son savoir-faire (dire son art serait déplacé).



20:03 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/11/2005

Les images sont toujours du côté du pouvoir

Ca fait deux semaines bientôt que les mêmes images des émeutes françaises accompagnent les mêmes mots ("caillassage", ça vient d'où, ça?).


Deux semaines que je me demande comment ça se fait que des français se révèlent incapables de filmer d'autres français. Pourquoi ces images de France ont des airs d'Intifada nocturne (l'autre jour, un journaliste commente son étonnement quand il entend des "Dieux est Grand" - je ne veux pas écorcher les mots).


Samedi dernier, grand retour de l'hebdo du médiateur où un journaliste avoue, qu'ils filment casqués, derrière les CRS. Bref, qu'ils ont peur.Qu'on s'entende bien, je ne vais pas reprocher aux journalistes d'avoir peur. Moi aussi, en bon petit bobo blanc, j'aurais peur. Ce qui m'ennuie, c'est que ça donne des images univoques sur l'une des plus graves crises qu'a connu la France ces 30 dernières années et que ça ne semble gêner aucun journaliste.


Alors oui, ça demande énormément de courage d'aller chercher des images comme celles qu'on a vues hier au Vrai Journal de Canal. Des images de l'autre côté. Du temps et pas mal de métier aussi. Le temps d'aller filmer le mur d'enceinte de la fameuse centrale où sont morts les deux jeunes. D'aller montrer que ce mur, il est haut, et qu'il a fallu avoir vraiment peur pour escalader ce truc. Et que donc les flics devaient pas être des tendres. Du courage d'être au milieu des gars, remontés de savoir qu'une mosquée où leurs pères et mères étaient en train de prier venait de se faire gazer. Du professionnalisme pour tenir son micro près de celui qui tient un discours alors que d'autre vocifèrent leur haine juste à côté.


Ce moment-là, c'était du journalisme, c'était ce qu'on devrait vraiment voir, plutôt que tous ces discours des puissants et des victimes, même si eux aussi sont légitimes.Que je sois clair, je ne veux rien légitimer. Mais je veux comprendre tout ce qui se passe. Et j'ai le désagréable sentiment de ne pas être informé de manière juste. Et que des citoyens, même s'ils sont aujourd'hui en situation de totale illégalité, sont traités en sous-citoyens. En étranger pour tout dire. Il est clair que le journalistes qui a filmé les images du Vrai Journal a lui aussi dû avoir peur (on l'a vu, il n'est pas passé loin du tabassage). Mais il a continué son boulot.J'ai le plus grand respect pour le métier de journaliste, mais j'aimerais que ceux-ci rappelent qu'il y a bien un déficit d'image, dicté par la peur. Ce déficit est bien sûr implicite dans tout ce qui est filmé, mais l'éthique journalistique dicterait qu'il devienne explicite.


En un mot, j'en ai un peu marre de me rendre compte que l'information n'est plus que destinée à une bourgeoisie aisée (dont je fais partie) et pas à tous les citoyens d'un pays. C'est ça qui me fait le plus peur aujourd'hui.

21:19 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/10/2005

Ach, la Kultuur ! (part 1)

C’est marrant comme, parfois, de vieux débats éculés refont violemment surface. Celui de la (sale) culture populaire et de (l’élitiste) culture « noble » par exemple qui m’est revenu à l’oreille ces derniers temps.


Episode 1 : le sniper culturel a encore frappé !


Finkielkraut. L’homme prêt a casser tout ce qu’il ne connaît pas (ou mal) pour mieux étayer ses théories a encore une fois tiré le premier, comme le citait Séguret  il y a déjà un mois (http://www.liberation.fr/page.php?Article=325762). La cible – le jeu vidéo - n’a rien de neuf, et je peux comprendre qu’on puisse ne pas aimer ça. Mais ne pas lui daigner la moindre existence culturelle, il y a une certaine marge qui confine à la malhonnêteté intellectuelle puisque sa propre réfutation ne peut servir qu’à alimenter le propos de Finkielkraut. Pour rappel, le gars, tout content d’avoir lu une phrase de Barthes sur la moindre importance de la modernité, vient de se rendre compte que la modernité n’est pas très cool, et d’ailleurs assez hystérique. Pour preuve, dit-il à France Inter l’autre jour, je me suis pris une volée de bois vert (l’article précité, supputé-je) pour avoir osé critiquer le jeu vidéo : hystérie de la modernité.


Episode 2 : la crise de la critique à Avignon.


Avignon a donc fait scandale cet été : trop élitiste, trop incompréhensible, la programmation était faite pour la critique et pas pour le public. A priori, je m’en fous, le théâtre c’est pas vraiment mon truc. Le débat, lui, m’intéresse : elle sert à quoi la critique ? Un art sans public est-il utile ? L’élitisme, est-ce que c’est sale ? C’est pas que j’attends des réponses, puisqu’il y en a pas. Non, c’est juste que, depuis le sexe des anges, l’Occident n’a pas eu de débat dogmatique (donc vain) aussi passionné et qu'elle a l’avantage de « placer » ceux qui y prennent part sur une sorte d’échiquier. Debray, qui était le centre du débat de France Cul, par exemple, est plutôt côté popu : il aimait Avignon du temps de Villar, la bonne vieille démocratie culturelle de papa.


Episode 3 : le père enterre son fils.


Toujours sur France Inter (je suis très webradio, ces derniers temps), il fallait avoir un solide sens de l’humour pour entendre François Léotard, devenu cerbère culturel pour je ne sais quel journal (La Montagne ?), cracher tout son venin sur Koh Lanta (c’est nul, il y a un type qui a dit « fait chier » trois fois de suite) et sur TF1 en général comme grosse machine à rendre con. Il a beau se draper dans sa dignité pour se défendre d’avoir été l’artisan de la vente de TF1 (c’était nécessaire pour casser le monopole de l’Etat), c’est quand même lui qui l’a donnée à un maçon… Mais bon, à l’époque, c’était une question d’économie, aujourd’hui, il y a crise du modèle culturel… Quoi qu’il en soit, entendre, à deux minutes d’intervalle, Léotard-le Ministre étriller le monopole télévisuel d’Etat et Léotard-le chroniqueur se féliciter de la défense de l’exception culturelle par l’Unesco, donne un peu le tournis quand même.


Bon, qu’est-ce que ça dit tout ça ? Tout bêtement que dès qu’il s’agit de culture, la réflexion se fait systématiquement court-circuiter par le jugement. La culture est une question de croyance plus que d’argumentation. C’est la culture, l’opium du peuple, celle qui nous donne la douce illusion d’exister, d’avoir une consistance. Bref, qu’on en a pas fini de se passionner pour ce débat. C’est le jour où cette illusion n’intéressera plus personne qu’il faudra s’inquiéter sur notre avenir.


18:04 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/10/2005

Chang Cheh à cheval…

… sur deux styles.

 

1970 : ça fait 3 ans que Chang Cheh a porté le genre du film de sabre à ébullition avec le sabreur manchot. Le genre commence lentement à s’essouffler. Les Shaw lui mettent le scénario de Vengeance entre les mains.

 

Drôle de film que ce Vengeance, hybride à tous les points de vue. Dans sa première demi-heure, le film est une sorte d’ode au film de sabre agonisant doucement : dans la Chine contemporaine (nous sommes dans les années 30) un danseur de théâtre se découvre une totale inadéquation esthétique au monde, qui le tuera. Il met tout dans le style. Autant dans son métier que dans la manière de se battre, virevoltant au sabre alors que les malfrats en sont au flingue. Chang Cheh en fait tout autant : tout son style est là, exacerbé jusqu’au baroque (les belles scènes du combat dans la bar et l’arrivée du frère du danseur).

 

Une fois le danseur mort, le film change de style. Les combats deviennent plus secs, plus longs, moins graphiques. Les corps ne parlent plus, ils laissent la place aux flingues, l’amitié virile est remplacée par le vengeur solitaire. La figure du sniper fait même son apparition.

 

Là, Cheh n’est pas à son aise. Lui, le roi de l’espace confiné (le studio), l’homme qui a appris à tout faire tenir dans un cadre, se trouve confronté à la distance, au hors-champ. Déjà, les éléments constitutifs du triller hongkongais moderne se dessinent, celles qui feront les délices des suivants : John Woo, Ringo Lam et Tsui Hark.

 

En attendant, Chang Cheh se plante. Mais en beauté. Même bancal, le film réussit dans son double mouvement à faire ses adieux à un style et à ouvrir (gauchement donc) la voie à un autre. Ce n’est pas rien, quand même.


20:43 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/09/2005

Retour d'été, part 3: voilà, c'est lu.

Alors voilà, cet été j’ai fait ce que je devais et ce que je voulais. En termes de lecture s’entend. Donc : ça y est, je l’ai lu, le bouquin de Dan « Quoi, tu l’as pas lu ??? » Brown. C’était à la hauteur de mes attentes. Une grosse purge fadasse et pataude. Ceci dit, ça pourrait faire un honnête film… s’il n’était pas réalisé par Ron Howard.

 

A côté de ça, la lecture du bouquin d’Antoine « Bon, tu t’y mets quand ??? » de Baecque est une bonne nouvelle roborative. Bonne Nouvelle ? Oui : je ne suis pas cinéphile. La cinéphilie est morte, ou presque. L’idée, un brin provocatrice, du bouquin, c’est que la cinéphilie n’a été qu’un fétu de paille d’une bonne vingtaine d’années. La cinéphilie, comme passion exclusive, n’a pas survécu à 1968, et était déjà largement ébréchée depuis 1963. Que la Politique des Auteurs était une boîte à idée pas plus légitime que n’importe quel autre dogme, et qu’elle doit plus à la provocation qu’à la vraie réflexion critique. Qu’elle est même le noyau de la destruction du cinéma (français d’abord) comme système. Que (ce n’est pas bien nouveau, ça) le cinéma n’occupe à présent qu’un territoire – de plus en plus étriqué – dans le paysage esthétique de l’image (en mouvement).

 

Bref si « le cinéma intéresse moins » comme s’en plaignait Godard il y a 20 ans, cela lui permet de courir vers l’abstraction, ses obligations en termes de réel et de scénario ayant été reprises par la télévision. L’image étant en train de recouvrir le monde, le fait, pour le cinéma, de ne plus parler que de ça lui permet paradoxalement de rester en prise avec ce même monde. Drôle de paradoxe, un peu étourdissant…

 

Et si la cinéphilie ne peut plus exister, c’est tout simplement parce qu’elle impliquerait chez le cinéphile une entropie mortifère : le monde étant devenu image, il se fermerait par la même la compréhension de l’objet de sa passion.

 

La non-cinéphilie permet de mieux aimer le cinéma. Waw !


21:24 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/09/2005

Retour d’été, part 2 : Eloge de la digression.

Chaque été, c’est la même chose : de plus en plus de choses à faire, et plus vraiment le temps de les faire toutes.

 

Du temps, c’est pourtant bien ce que demande, et surtout propose, le dernier GTA. Du temps à perdre, c’est là le tout-venant des routes de San Andreas. Certes, il y a un scénario, plutôt bien balancé, et des missions à accomplir, pour la plupart alléchantes. Mais partout, tout le temps, le jeu offre de plus ou moins légers tours et détours. Entre la petite partie de billard dans le troquet du coin, la radio dont certains titres poussent à prolonger la ballade, la drague, les « spots » à cascades et des « moves » à tester, tout est prétexte à la digression, la joyeuse glandouille.

 

Je l’ai déjà dit, l’une des choses qui me fait continuer à aimer le jeu vidéo c’est, plus que la performance (autant le dire, je suis nul), le temps mort, le « rab’ » sur l’économie narrative du jeu. La grandeur de Rockstar avec sa série – et celle là est sans peine la plus belle itération – c’est d’avoir su institutionnaliser le temps mort, d’avoir ouvert son jeu à cette possibilité…

 

Le jour ou la baudruche du « gameplay émergeant » se sera bien dégonflée, on se souviendra que c’est ça l’art du jeu vidéo : un art du temps. Peut-être moins visuel qu’on ne le croit.



20:27 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

13/09/2005

Retour d’été.

En été, on s’efforce à mettre son cerveau en disponibilité. Forcément, ça prédispose à regarder TF1 (argh, voilà que je m’y mets). Principalement la forme maîtresse de la saison, la télé réalité. 6 ans que ça dure. Et force est de constater que cette fois, le format a atteint sa forme définitive. Pour notre (mon ?) plus grand malheur, cette forme est morale.

 

On commence par le traditionnel pire, les productions GLEM, celles qui ont toujours symptomatisé le genre de saison en saison. Cette année on a donc eu droit au gros beauf chargé de séduire une famille bien petite-bourgeoise comme il faut. Ca a pas raté, la déception a vite frappé. Evacuée le terrible (et donc jouissif) cynisme de la volière macho de Greg et son succédané déjà moraliste de l’année suivante. Place à la bonne grosse morale pure, énervante. Restait à évacuer le seul problème qui peut fâcher : l’argent, qui devient vite le vrai sujet caché de l’émission. Comment faire pour que le spectateur n’y pense pas ? Le gaver de jugements moraux, évidemment.

 

Inonder le spectateur de jolie petite morale, voilà ce que réussit avec de plus en plus d’efficacité l’Ile de la Tentation. Et cette année, alléluia, on l’a eu, notre couple transi d’amour. Avec même la sherry on the cake : l’image même de l’amour transi. Ce jeune homme qui, littéralement, tombe d’amour, sous une musique quasi-christique, voilà bien tout le projet de la télé-réalité arrivé à son paroxysme : faire entrer ses participants dans le moule moral télévisuel, faire entrer les gens en « cathodicisme ». Seul problème de taille, arrivé trop tôt, l’épisode a fait perdre tout le (très petit) intérêt de la série. Il reste un peu de fine-tuning pour la prochaine saison…

 

Il ne fallait déjà pas être devin pour savoir que la télé réalité n’avait de réel que le nom, que son rôle était de faire endosser à ses participants les rôles d’une fiction pré-formatée. Il s’agit en plus de leur faire remplir une case sociologique ou une idée. C’était là tout le sujet de ce Koh-Lanta – qui n’a jamais pu bien longtemps céder au pêché mignon de la moralisation - : la représentation et l’œuvre bienfaitrice de la télévision. Oui, un arabe des banlieues peut être un homme bien. Oui, le 3e âge peut en remontrer aux petits jeunes. Oui, un gendarme raciste peut devenir ami avec un arabe. Oui, un monstre d’égocentrisme peut finir par mouiller son kleenex comme une ménagère devant Plus belle la vie.

 

2 conclusions : la fin du format est proche et la France devient décidément bien rance.


21:07 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/07/2005

L'imagerie... Quoi l'imagerie?

Lire dans les Cahiers une série d’articles qui, de loin, ressemblent à une forme de mea-culpa, ou du moins de remise en cause d’un certain discours théorique idéologique, voilà qui attire l’attention (la mienne en tout cas).

 

Que cette remise en cause soit centrée sur trois des films qui m’ont semblé les plus intéressants de l’année écoulée (The Taste of Tea, La Vie Aquatique et Eternal Sunshine of the Spotless Mind), voilà qui réjouit (moi en tout cas).

 

Que tout cela vise à réévaluer le concept d’imagerie et voilà le numéro entre mes mains.

 

Sauf que, forcément dans une revue aussi dogmatique que les Cahiers (depuis sa reprise en mains par Frodon), l’entreprise tourne vite au fiasco et le tentative vise surtout à sauver quelques films et de laisser les autres dans le ruisseau.

 

En gros, les reproches sont toujours les mêmes, à savoir :

1)      les auteurs de ces films ont le tort d’être nés au milieu des images et d’avoir été élevés à la télé, au clip, au manga, à la vidéo ou au jeu.

2)      une clôture esthétique, la création d’un univers clos, hermétique au réel (l’imagerie, donc, ou la vignette, ou comme le dit l’un des contributeurs, le syndrome Pannini), centré sur une cellule de personnages resserrée : famille – réelle ou choisie, genre équipe ou petite entreprise – ou couple.

3)      une vision nostalgique ou phobique du monde, révélatrice d’auteurs qui « refusent l’âge adulte ».

4)      une thématique existentialiste, où les personnages doivent gérer un conflit interne, utilisant comme figure récurrente le retour du même.

 

C’est oublier un peu vite que le cinéma a tout de même pas mal évolué depuis les années ’70, et reprocher à des cinéastes de ne pas être nés à l’âge d’or de la cinéphilie (lire le bouquin de De Baecque, vite), de ne pas avoir vu tous les films en salle ou d’avoir été baignés dans le bain d’images contemporain est assez léger : comment peut-il en être autrement.

 

C’est fermer les yeux sur une évidence : le digital a définitivement altéré le statut de l’image (adieu l’image comme indice, comme trace, comme preuve d’un ça a existé) et le cinéma a besoin de s’abstraire du réel pour conserver une certaine légitimité.

 

C’est oublier aussi que la grande affaire de ce temps, ce n’est plus vraiment le politique (ce que recouvre en gros se terme de confrontation au réel), mais plutôt l’identité, la quête de soi, etc.. Pas vraiment le « pourquoi j’existe » de la génération précédente mais plutôt le « comment j’existe ». L’existence comme esthétique et plus comme politique, en somme.

 

C’est oublier enfin que la quête de soi n’est pas forcément une question d’action (l’action, c’est Hollywood, le seul lieu où se fait encore de la politique, voir précédemment). D’où le retour du même, de la même image pour pouvoir jauger du chemin parcouru.

 

Que ce soit de ce retour du même, de cette jauge que naît invariablement l’émotion de ces films (ce qui semble étonner les Cahiers) n’est finalement que naturel.

 

Finalement, on se rend compte que cette question un rien frelatée de l’imagerie n’est pas une question théorique ou esthétique mais une question de génération. Et on voit bien ce que donnent ces faux jeunes, bons élèves qui tentent de donner des gages à la génération précédente : du téléfilm douteux à la Meglio Gioventù.


16:22 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/07/2005

Etrange coïncidence?

Formellement, La Guerre des Mondes déçoit, c’est sûr : réalisé en roue libre (pour ne pas dire bâclé), le film refait le match Minority Report (même lumière, même travail sur la pulsion scopique, parfois mêmes scènes, Tom Cruise dans son éternel rôle de gamin attardé qui apprend la complexité du monde). Il y a bien quelques belles scènes, purement spielbergiennes, mais rien de transcendant. Seule chose à sauver, cette manière de toujours rester en-deçà de la ligne de la réflexion, d’installer le spectateur dans un constant état de panique (le deuxième film de cet été, après Batman Begins, qui prend la panique comme sujet de prédilection). Un pur cinéma d’effets, certes, mais qui en tire une justification.

 

Il reste pourtant le scénario du grand David Koepp, et sa grande idée d’un Mal qui vient bien d’ailleurs, mais qui « mûrit » dans notre propre sol. Intuition horriblement confirmée par la réalité, pas plus tard qu’hier.

 

L’une des grandeurs du cinéma commercial américain : cette capacité à prendre l’air du temps à bras le corps, à parler de l’état du monde avec une telle clairvoyance. C’est qui en fait, encore et toujours, son prix.


13:20 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

20/06/2005

La tombe est ouverte ?

Tout récemment, un concept que j’avais fini par enterrer dans mon souvenir, a salement refait surface : la mort du cinéma. Vieux concept, pourtant, qui remonte au début désenchanté des années ’80.

 

C’est en sortant de la projection du dernier Star Wars que l’idée est (re)venue, presque d’elle-même. Voir ces acteurs évoluer pataudement dans un monde qui n’est déjà plus le leur, chercher pathétiquement leurs marques, flotter dans une image qui, clairement, ne veut plus d’eux (il suffit de se souvenir des interviews de Lucas à Cannes : « Je veux faire des films avec des sons et des couleurs »), voir ce monde où l’humain n’est plus désiré, ne fût-ce que comme acteur, m’a donné des idées endeuillées.

 

Lucas a bien transformé l’industrie du cinéma en profondeur, mais pas dans le sens dont il le rêvait avec ses copains les « movie brats ». Lui qui rêvait de d’arracher l’industrie des mains des producteurs pour la rendre aux auteurs n’a fait qu’ouvrir la porte aux trusts commerciaux (la 1e trilogie et l’invention du merchandising). Aujourd’hui, lui qui espérait tirer le cinéma vers l’art abstrait n’a fait que le plonger un peu plus dans le bain du tout-audiovisuel en l’offrant aux marchands de tuyaux (la 2e trilogie et sa sur-digitalisation, qui sera bientôt prolongée jusqu’aux techniques de diffusion).

 

Il faut prendre plus au sérieux que je ne le pensais au départ la portée autobiographique de cette trilogie : celle d’un homme qui s’offre aux forces du Mal en croyant toujours servir le Bien…



12:20 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/06/2005

Jeunet: l'obsession mécaniste.

Peut-être plus que la pauvre Amélie Ripolin, Un Long Dimanche de Fiançailles révèle tout ce qui fait le système Jeunet: pas grand-chose.Un plan, aussi étrange qu'inutile, donne cette clé: vers la fin du film, une bombe explose dans un hôpital de fortune. Au bout d'un zoom, Jeunet montre l'intérieur de la bombe, son mécanisme qui s'enclenche.
 
Tout, dans ce film comme dans les autres, relève chez Jeunet de la fascination pour la mécanique: l'insert sur le fonctionnement de la main mécanique du barman, les réponses de l'héroïne sortant comme par automatisme ("feu mes parents"), jusqu'au programme têtu qu'elle s'impose, qui ne se révèle au cours du film comme rien de plus que ça: un programme.
 
Au point de réduire ses personnages à une série de gestes (au mieux une caractéristique, une seule), les sentiments à un vulgaire transfert d'objets (Poulain, encore). Avec pour seul horizon le phantasme de la maîtrise, d'un monde réduit à sa part la plus prévisible, à un fonctionnement bien huilé, où une cause appelle un effet. D'où ce retour vers le passé, qui me paraît maintenant plus comme ce désir de maîtrise totale que comme une vision réac du monde. Quoique: est-ce que ce n'est pas ça, finalement, être réactionnaire?
 
 
p.s.: il n'y a que dans un film, sans doute son film le plus raté, où le système Jeunet arrive à quelque chose d'un tant soit peu intéressant. Toute la première partie d'Alien 4, où il s'amuse à faire fonctionner les jouets qui ont été mis à sa disposition, à filmer les machines en train de fonctionner. C'est dans cette logique un peu froide de grand gamin qui s'amuse tout seul que Jeunet est le plus touchant.


09:51 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02/06/2005

Bon alors quoi?

Après la colère (dimanche), la consternation (mercredi) et l'incrédulité, il va bien falloir que je réfléchisse à ce pourquoi du non à la Constitution. Pourquoi ce refus de ce qui me semblait être un pari pascalien? Pourquoi le refus de ce qui semblait, au pire, une amélioration des traités précédents (dont le justement abhorré traité de Nice, auquel il y a risque de revenir)? Bref, je me rends compte que je me prends seulement maintenant à réfléchir à ce qui me semble être un refus de vivre ensemble en Europe (je suis naïf mais je fais encore partie de ceux qui pensent que l'Europe est le plus beau pari de notre temps).
 
Et je me mets à penser à ce déficit d'image résumé par Juncker ("L'Europe ne fait plus réver"). J'en reviens donc à ce que je connais un peu: la fiction. Comment ce fait-il que l'Amérique arrive à rendre sexy l'exercice d'un pouvoir pourtant détestable via des séries comme 24 (dont la saison 2 me passionne justement pour ça) ou The West Wing? Pourquoi l'Europe comme pouvoir n'a-t-elle pas d'image, n'a presque jamais fait l'objet d'une fiction? Je me dis que si l'Europe est aujourd'hui dans une telle impasse, c'est aussi en partie parce qu'elle n'est pas esthétique, que cette constitution est mal aimée parce qu'elle n'est tout simplement pas belle et simple comme un scénario hollywoodien.
 
Si cette Constitution, si ce pouvoir arrivait un jour à exciter des scénaristes, je suis sûr qu'elle passerait sans doute mieux. Comment Giscard, l'un des derniers hommes à avoir fait de la politique une histoire d'homme (le "Au Revoir" râleur) a-t-il pu oublier cette donnée essentielle?

22:36 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/05/2005

Le ballon de VGE

Vue de France, la question de la Constitution Européenne devient tout de suite nettement plus excitante: un débat qui n'évite pas les coups bas, les raccourcis faciles et les mensonges éhontés (faut voir la campagne d'affichage du PC!); un débat qui donne l'illusion flatteuse à toute la France d'être le centre de l'Europe; mais en tous les cas un débat, un vrai.
 
Si bien qu'après un mois de campagne, la première vraie image n'est arrivée qu'aujourd'hui. Assez logiquement de celui qui ne peut pas prendre part aux débats: Valérie Giscard d'Estaing, son principal rédacteur.
 
Donc, ce midi, il est arrivé devant les caméras de télé avec sa petite baudruche estampillée "Plan B" qu'il a fait gracieusement exploser, pour bien signifier à tout le monde que, de renégociation de la Constitution, il n'y en aura pas.
 
Même si j'aurais préféré en mon for intérieur qu'il la fasse dégonfler, sa baudruche, comme le veut la métaphore (voir le fantasme du plan B partir dans un grand bruit de pet, aaah extase!), cette image a la force de toute première image, et démontre par l'absurde la haute tenue du débat et de son importance. Jusqu'ici donc, rien n'a donc pu être résumé à une seule image. Voilà qui signe en tous les cas un beau retour du politique dans toute sa splendeur, et fait regretter l'absence de tout débat en Belgique. Mais il est vrai qu'ici, on ne conçoit plus la politique que par initiales. 

16:17 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/04/2005

Le monde au bout du 1 et du 0

Chaque lecture de la grande machine à se faire peur me porte toujours dans râlerie noire. Il y a, en gros, jamais rien qu'on se sache déjà confusément, mais la remise à plat est souvent effrayante. D'autant plus que les réponses semblent toujours dérisoires.
 
A la lecture de cet article sur Google (http://www.monde-diplomatique.fr/2003/10/LAZULY/10471), de vieilles choses fondamentales apprises à l'école me sont revenues à l'esprit:
 
1. le réel n'existe pas, il n'y a que des signes.
 
2. celui qui arrivera à prendre la maîtrise des signes (et leur transformation en modéle mathématique est un moyen redoutable) maîtrise notre vision du monde.

22:22 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/04/2005

NGJ will save your day.

Ouf, moi qui me lamentais de la disparition de Gaming de son glorieux essai de conceptualisation de la critique de jeu vidéo, et qui me sent toujours aussi fainéant pour lire Edge chaque mois, voilà que je lis sur le blog d'Erwan Cario (http://jeux.blogs.liberation.fr/) le dévellopement du concept de New Games Journalism qui a donné lieu à une sorte de manifeste:
 
«1) L’intérêt dépend du joueur, non du jeu.
2) Il faut écrire des articles de voyage vers des lieux imaginaires.
»
 
En clair, le triomphe du subjectivisme au détriment de concepts - souvent fumeux, il faut le dire - de gameplay et de moteur de jeu. Avec, derrière tout ça, l'idée qu'un jeu puise à priori décevoir, qu'il échappe à la loi de l'immédiateté, et qu'il ne se révèle réellement qu'à la réflexion. Pour le dire par un détour facile, qu'on traite le jeu vidéo comme forme culturelle plutôt que de le proclamer à tout bout d'article pour reproduire in fine le même type de critique.
 
Et ça donne des articles roboratifs comme cette défense du mal aimé Metal Gear Solid 2 par Tim Rogers (http://www.insertcredit.com/features/dreaming2/; article qui me réconforte dans l'idée que ce jeu est le plus De Palmien des jeux) ou cette re-vision de Prince of Persia dans Edge (http://www.edge-online.co.uk/archives/2005/02/prince_of_p...).
 
Bon, il va bien falloir que je me remette sérieusement à lire en anglais.

21:30 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

19/04/2005

Je baisse

Bon, c'est vrai, ces derniers temps, j'ai pas la pêche.
 
Ce week-end, donc, petite cure d'hollywoodisme bien gras: I, Robot, The Butterfly Effect et Star Wars II (sur celui-là ma chère et tendre a insisté mais il fallait quand même bien que je le revoie vu que je ne vais sans doute pas snober le suivant).
 
Bon, dans l'ensemble, c'était nul - même si on peut entrevoir timidement une petite velléité d'auteur qui tente de surnager dans I, Robot : cette même volonté de perte de repères spatiaux que dans le beau Dark City.
 
The Butterfly Effect est un bon gros film de scénaristes malins qui n'offre rien de plus que ça (malgré une fin conceptuellement assez couillue). Quand au Star Wars, c'est en fin de compte de la SF pulp qui ressemble - volontairement, c'est clair - plus à une production De Laurentiis qu'au summum de la technologie visuelle.
 
Mais ce qui m'a frappé le plus, vu l'accumulation qui se donnait sous mes yeux, c'est l'uniformisation formelle des scénarios. De film en film se rejoue le même principe: diluer le plus astucieusement possible 2-3 éléments simplistes, 2-3 références compréhensibles par tous (la Bible, les contes pour enfants), juste histoire de donner l'illusion qu'on a fait appel à notre intelligence, mais pas trop, histoire de ne perdre personne. Et surtout de ne pas susciter de polémique ni, et c'est pire, de vision du monde. Or, c'est bien là que se loge mon amour du cinéma: une morale du regard, une façon de voir ce qui m'entoure sous le regard d'un autre.
 
L'idée ici, c'est de ne rien avoir à retirer des films, si ce n'est l'impression d'avoir été malin. Ce n'est certes pas neuf, mais j'ai du mal à dater ça de plus de 20 ans.
 
C'est donc ça, la script-doctorisation des scénarios? En tout cas, j'aimerais bien rencontrer le prof de script doctoring (vieux fantasme depuis que j'ai vu Get Shorty). J'ai 2-3 trucs à lui dire, de pas trop difficiles à comprendre.

21:28 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Aaaaah, la culture!

Petite phrase entendue l'autre jour lors d'une présentation des actions de l'asbl Article 27, par une personne que je ne nommerai pas dans un endroit que je ne nommerai pas plus. Disons juste qu'elle a une certaine influence sur la politique de notre Communauté.
 
"N'oublions pas que, dans les classes défavorisées aussi, il y a des gens qui ont suivi des études dans nos académies et écoles d'art, et qui ont donc une éducation artistique. Elles aussi ont droit à accéder à la culture."
 
Rhâlala, élitisme, quand tu nous tiens. 

18:50 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/04/2005

Bon d’accord, j’aurais dû me méfier : un film sur

Bon d’accord, j’aurais dû me méfier : un film sur Club RTL est rarement regardable. Mais là, alors que tous les films américains ou presque sont accessibles en DVD, diffuser « L’étrangleur de Boston » en une horrible compression d’image, c’est vraiment trop limite pour moi.

 

Me voilà donc devant le show chiraquien, avec la vague idée qu’il s’y passera bien quelque chose, révélateur de la Chirac’s Touch, vu que le sujet a suscité de belles engueulades dans les rédactions et que tout de même, le procédé est un peu curieux (même si le Président français n’en est pas à son coup d’essai en la matière, apprendrai-je plus tard). Quelque chose qui révélera le discours véritable de cette mise en scène.

 

La mise en scène, c’est 83 jeunes placés sur une estrade façon assemblée, ou plutôt amphi universitaire. Chirac, bloc note sous le coude pour montrer qu’il écoute, sur une table-pupitre, avec le seul journaliste – PPDA – à ses côtés. En face, les animateurs honnis qui ne sont là que comme facilitateurs de parole, en spécialistes qu’ils sont du « pour que les gens qui nous écoutent comprennent bien ». Des 83 jeunes, peu parleront. Seuls, pour tout dire, les représentants de toutes les catégories inquiètes. Il y aura eu là, s’identifiant bien scolairement, le vert, le rouge, la bleue très bleue, l’agriculteur, l’étudiant précaire, etc…

 

Et il y a surtout les questions liminaires (dixit) de PPDA, celles qui ont fâché ces derniers jours, celles qu’on se pose tous en fait : pourquoi choisir des jeunes alors que ce sont les « actifs » qui sont les plus susceptibles de voter non ? Et surtout, pourquoi pas un débat avec un politique tenant du non ?

 

Pour le choix des jeunes, Chirac répond un peu à côté, mais pour la question du choix du dispositif, là, il est plus clair. « Je ne voulais pas d’une discussion de spécialiste ».

 

C’est bien ça la méthode Chirac, son opposition fondamentale avec son prédécesseur. Ce qu’il ne veut pas, donc, c’est d’un débat d’idées à l’ancienne. Pas de politique de papa, celle où le politicien est là pour défendre son choix. Lui, il n’est pas là pour débattre. Il est là pour expliquer (« pour que les gens qui nous écoutent comprennent bien »). Il est là pour rassurer les inquiets. Il est là pour persuader, pas pour convaincre, nuance.

 

C’est en ça que le choix des jeunes s’imposait. Ce qu’il fallait à Chirac, ce sont des candides, des gens qui ne connaissent pas le dossier (les jeunes en question ont avoué ne pas connaître le texte de la Constitution et, fâcheux oubli, personne n’a pensé le leur fournir). Des gens dans le brouillard, qu’il pourra prendre tranquillement par la main, plutôt que de dissiper le brouillard.

 

Finalement, ce qui passe dans cette mise en scène plus que dans le débat lui-même, ce qui est donc le vrai discours de Chirac dans cette campagne, c’est un discours envoyé à ces « actifs » réticents et justement pas représentés sur le plateau : « Votez oui, c’est pour vos enfants que vous votez et regardez comme je viens de les rassurer ».

 

A y réfléchir, ce procédé qui paraît si outrageusement nouveau, n’est pas vraiment éloigné de la manière de faire gaullienne, cette manière où le message est toujours, invariablement, « je vous ai compris » (ou au moins entendu). Cette méthode fleure bon les vieilles conférences de presse du Général, où les questions des journalistes étaient connues d’avance, sélectionnées et les réponses écrites. Une manière très vieille de faire de la politique, faite juste avec un peu plus de discrétion. Cela s’appelle du paternalisme et l’émission d’hier n'en était qu’un exemple de plus.


20:56 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/04/2005

Cinéastes à tout prix

Certaines choses arrivent encore à m'étonner... L'accueil critique, en France, du fadasse Cinéastes à tout prix, petite chose télé qui n'arrive jamais à dépasser ses origines, voilà quelque chose qui m'a étonné.
 
Mais à les lires, ces critiques, je me rends compte que ce qui plait là-bas dans ce film, ce n'est pas du tout le film (voilà qui me rassure un peu), mais sa correspondance à ce qu'on s'attend à voir de la Belgique.
 
C'est que ces trois cinéastes que filme sans trop s'interroger sur leur amour du cinéma Frédéric Sojcher, personne ne se soucie de savoir CE qu'ils filment (ce qu'on ne nous montre que bien peu d'ailleurs). C'est leur personnage dans tout ce qu'il a de belgicain qui intéresse.Ce qui interpelle la critique, c'est cette image de la Belgique en éternel pays de cocagne peuplé de farfelus magnifiques de fatuité joviale (voir la comparaison que fait Rousseau de son travail avec celui de Spielberg). C'est ce surréalisme - "tellement plus loufoque [...] que son homologue hexagonal" peut-on lire - qui a le bon goût de toucher toutes les couches de la population, du sénateur au petit cureton.
 
Bref, c'est de correspondre au bon vieux cliché franchouillard sur la Belgique qui vaut à ce film d'être apprécié en France. Du coup, vu d'ici, ces critiques éclairent le film d'un jour nouveau, moins flatteur encore. Parce qu'on sent bien que c'est cette correspondance que cherchait Sojcher en fin de compte (voir sa volonté d'inclure une scène, pourtant bel et bien inutile dans l'économie du film, où Poelvoorde et Godin, icônes reconnues de cette belgitude rigolarde, chantent leur amour pour ces cinéastes semi-amateurs). Sojcher aurait fait film un documentaire belge pour la France que ça ne m'étonnerait pas.
 
Depuis le film, Jean-Jacques Rousseau s'est autoproclamé "le cinéaste de l'absurde". Espérons pour lui que ce soit vendeur.
 
 

19:12 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Il n'est pas bon de se plonger corps et âme dans son travai

Il n'est pas bon de se plonger corps et âme dans son travail: on en ressort toujours un peu sali.
 
Soit. Me revoilà.

18:46 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

21/10/2004

Et si la télé n'était "poubelle" que dans l'oeil des chroniqueurs?

Pourquoi ce genre de choses m'énervent encore? Et pourtant, la chronique de Philippe Thiriard, aujourd'hui dans La Libre, avec toute sa critique intellectualisante, où toute série télé (forcément Made in US), où tout ce qui passe à la télé (en prime time, j'y reviendrai) est mauvais, nul, ignoble, vulgaire, toujours, systématiquement; cette chronique-là, elle m'a mis dans une colère noire. Parce que ce grand lavage de cerveau, qui fait tant plaisir aux gens comme Phlippe Thiriard, qui ont ainsi du grain à moudre, je n'y crois pas.
 
Alors comme ça, la dignité elle ne serait que dans le passé (allusion aux débats de Polac, pourtant bien critiqués à l'époque comme l'est Ardisson aujourd'hui si mon souvenir ne me trahit pas) ou alors dans les recoins de la télé, celle que personne ne regarde? Thiriard prend ainsi l'exemple d'un programme de la BBC (!) qui passe le matin.
 
Autant citer, hein:  Vers onze heures du matin, à la BBC, on peut voir des patients à l'hôpital raconter brièvement leur problème médical mais aussi qui ils sont, ce qu'ils font «dans le civil». De jour en jour, on suit certains d'entre eux, dans leur progrès, leurs victoires ou leurs échecs: ce ne sont plus des malades, mais des gens, des vrais, comme vous et moi. C'est simple, respectueux, intéressant, souvent émouvant sans être démagogique ou larmoyant. Et si c'était cela, la télé-réalité?
 
Eh bien, pour moi, la dignité de la télé, elle peut aussi se trouver dans un programme comme Koh-Lanta qu'on peut (et qu'on devrait) aussi voir comme une sorte d'expérience - un brun perverse comme toutes les expériences - d'anthropologie sauvage (où on se rend compte que l'homme reste quand même un peu un grand singe).
 
On peut la trouver dans le témoignage de Marie L. chez Mireille Dumas (oui, Mireille Dumas!) . Parce qu'à voir cette fille pâle, couronnée de cheveux de jais, parler avec une voix très Jeanne Balibar, à voir l'innocence irradier de cette fille fragile, on peut comprendre, enfin, ce qui est passé dans la tête des flics, pourquoi ils l'ont crue, ne fût-ce qu'un temps. Et ça, les éditorialistes de tous les journaux, agitant vainement leurs grands principes démocratiques et journalistiques, tartinant leurs phrases "Made in Pays des Lumières" n'y arriveront jamais.
 
La dignité de la télé, c'est de permettre de voir, et d'entendre. La dignité de la télé, c'est qu'elle filme d'abord et avant tout des visages, et qu'un visage ne peut jamais mentir longtemps. Mais pour cela, eh bien, il faut avoir envie de voir, avoir un vrai sens critique, une ouverture d'esprit. Finalement c'est peut-être celui-là le plus lamentable des degrés zéro.

22:35 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/10/2004

"l'esthétique du jeu vidéo"

Tous les mercredis c'est à peu près le même rituel: parcourir les critiques de films, toutes les critiques, partout, de tous les films, même - et peut-être surtout - de ceux que je n'irais sans doute pas voir, pour y trouver quelque chose: une raison de s'énerver, de réfléchir sur l'état du cinéma ou de la critique. Trouver quelque chose, quoi. C'est de plus en plus rare, mais ça arrive encore.
 
Resident Evil II, je n'irai pas le voir - ou alors seulement si on m'offre les places et que je puisse y aller pendant mes heures de boulot, là ça se négocierait.
 
Hier, dans La Libre, comme partout ailleurs, le film se fait démolir, sans aucun doute à raison. Mais il y a cette petite expression qu'utilise Hubert Heyrendt (qu'on peut difficilement taxer de conservatisme hargneux) qui me pousse à m'interroger: le film serait un bel exemple d"esthétique de jeu vidéo".
 
C'est quoi, l'esthétique de jeu vidéo? Bien sûr je vois bien qu'il y a là un brin de paresse intellectuelle et que cette expression a remplacé le "plan clippé" devenu un peu caduc aujourd'hui, mais qui avait fait les beaux jours des dédains critiques millésimés '80 et '90. Bien sûr le film emprunte l'argument (peut-on dire "scénario"?) d'un jeu vidéo, à succès qui plus est. N'empêche: de ce que j'en ai vu, Resident Evil comme Tomb Raider d'ailleurs sont sans doute ce qui est le plus loin de ce qu'on pourrait appeler une esthétique du jeu vidéo.
 
L'esthétique, telle qu'on l'entend ici, c'est la "gestion" des plans, une manière de rendre la tension, la frénésie supposée des jeux: bref une manière de multiplier les plans, les plus "audacieux" possibles, les poses et les acrobaties des protagonistes. Rien de plus éloigné du jeu vidéo que cette "esthétique"-là.
 
Le jeu-vidéo, qu'on se le dise, n'est pas vraiment un art visuel (ou alors un peu au sens que lui donnait Daney, le visuel est ce qui sert à vérifier le fonctionnement de quelque-chose, du nerf optique la plupart du temps), c'est un art de l'espace. D'où qu'il est impossible de comprendre un jeu vidéo en regardant seulement l'image, sans y jouer. Faire un jeu vidéo, c'est créer un monde qui parle. Un monde lisible, un espace déchiffrable. Et un monde où la performance est possible. Or cette performance, en fin de compte, est rarement frénétique. Les temps creux sont nombreux et longs. Qui plus est la "caméra" est sans doute l'object le moins désirable de cet univers: on demande à l'image de montrer du mieux qu'elle le peut l'univers dans lequel on évolue, d'où une logique du plan-séquence, du travelling continu,une quasi-absence de montage, et, en tout cas, des plans très longs.
 
Le truc du jeu vidéo, c'est une "érotisation" de l'espace, pas du plan, ni de la caméra.
 
Tout ça pour dire qu'il y a sans doute beaucoup plus "d'esthétique du jeu vidéo" dans un travelling murnalidien dans l'Aurore que dans n'importe quel plan de film tiré d'un jeu vidéo.
 
Et pour dire qu'il serait quand même temps de réévaluer le jeu vidéo dans son esthétique et son rapport au cinéma que de le rejeter dans un dédain un peu hautain comme on l'a fait avant lui pour la pub et pour le clip.
 
Se souvenir de Bazin: le cinéma est un art impur et de cette phrase qui est aujourd'hui devenu un slogan: le cinéma est un art vivant.

09:18 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/09/2004

Pas morte, la guéguerre?

Hier soir, au journal de RTL-TVI (oui, beurk aussi), ce bon vieux Lelouch, tout en tics et en mauvaise foi ("Truffaut a adoré Un Homme et une Femme mais j'ai refusé d'être assimilé à la Nouvelle Vague et depuis ils [les critiques] me détestent" mouahahahahaaa) a placé une nouvelle et pathétique pierre à son mur de haine envers la critique, face à une présentatrice trop heureuse de cracher elle aussi joyeusement dans la soupe. Faut dire que la chaîne n'a jamais brillé par la moindre once d'esprit critique.
 
C'est sûr, la teneur de la chose reste risible. En gros: bouh la critique, moi je n'accepte que la "sanction du public". Et là, bingo, le film est un "immense plébiscite populaire" (j'attends quand même de voir les chiffres, moins les places gratuites s'entend).
 
Ou encore: mon film parle de la vie, de l'amour, des hommes, des femmes, ... et autres énumérations photocopiées de film en film.
 
Enfin, soit, là n'est pas la question. En Belgique, on a le Tom Cruise qu'on peut pour faire comme les grands (voir "Cinéma-Télévision: épisode ouatmille").
 
Ce que je me suis dit en voyant ce vieux geignard clignotant, c'est que finalement, oui, Claude Lelouch est un précurseur. Ce style sans style, tout entier tendu vers l'enregistrement de la parole creuse, cette manière d'hurler des évidences, de les traiter comme des concepts kantiens, de développer son catalogue de stars pour le plaisir de la collection, cette manière d'accuser la critique de tous ses maux tout en la considérant comme une corporation inutile... Oui, depuis 40 ans, Lelouch fait du cinéma français post Canal +.
 
Depuis ses débuts, Lelouch fait de la télévision. En plus cher.

20:45 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/09/2004

No comment

Jolie citation lue aujourd'hui. C'est signé Armand Gatti: "la réalité est un rêve de cancre".

19:41 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/09/2004

Patrick Le Lay sert la soupe... mais à qui?

Comme beaucoup sans doute, j'ai accueilli la petite phrase de Patrick Le Lay avec un sourire en coin et une indignation soulagée.
 
Sauf que, là, subitement, je me sens aussi gêné de l'ampleur des réactions de "spécialistes des médias" et chroniqueurs (qu'on pourra lire ici par exemple: http://www.lalibre.be/article.phtml?id=11&subid=118&a...) que pour l'intronisation médiatique de Michaël Moore.
 
C'est que sous le flot de réactions (tardives), toutes aussi joyeusement indignées que je l'ai été, je sens bien poindre le vieux discours abhorré sur les médias - et par extension la culture - de masse qui n'est juste bonne qu'à abrutir celui qui tombe dans ses rêts.
 
Je sens bien que cette phrase sur les cerveaux est en train de devenir le cheval de bataille de tous les Adorno du monde, qui soutiennent encore et toujours que rien ne vaut l'aristocratie culturelle et qu'il faudra tirer le bas peuple de la fange du divertissement. Bref, le bon vieux discours paternaliste qui sent bon le renfermé.
 

18:24 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/09/2004

Propagande: le retour

15 ans, il n'aura fallu que 15 ans pour qu'on retrouve nos vieux copains qui nous manquaient presque: le Mur n'a fait que prendre un bain de soleil et les propagandistes d'hier ont fini par utiliser les mêmes mots. Les "impérialistes", les "traîtres", les "espions" et "agents infiltrés" ont été remplacé par un seul terme: "terroristes internationaux". Les guerres impérialistes d'antan et autres invasions soviétiques sont devenues les guerres préventives d'aujourd'hui (mais ça va, on n'utilisera pas de bombes atomiques, dixit le ministre de la défense russe).
 
Et puis, surtout, ce qu'on retrouve sans même une once d'incrédulité, c'est la morgue (oui, oui, je pèse mes mots) des dirigeants.
 
Si on m'avait dit, un jour, que je regretterai les années '90...

20:49 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/09/2004

Cinéma-télévision: épisode ouatmille

Lundi soir, encore une séance de zapping mollasson qui se termine en petite leçon:
 
Canal +, vers 20h15: Gad Elmaleh, complimenté sur sa prestation à l'américaine à la dernière cérémonie des Césars, ressort la vieille antienne: "C'est la cinéma, kwâ. Ca fait rêver les gens mais ça n'empêche pas qu'on peut les faire rire". On connaît la chanson, comme dirait l'autre.
 
Suit le compte-rendu de la visite de Tom Cruise à Paris pour la promo de "Collaterral" (qui ne semble pas être un mauvais film au demeurant et qui aurait sans doute mérité mieux qu'une promo grand-format inodore. Soit). Et c'est là que les choses deviennent intéressantes: un peu râleuse pour le coup, la chronique prend le ton cynique. Canal (ex-chaîne du cinéma par excellence) n'a eu droit qu'à la conférence de presse. Du coup, la chaîne casse un peu: Tom Cruise n'a fait que parler pour ne rien dire, c'était nul, c'était de la promo plan-plan. Point-barre.
 
En passant sur France 2, on se rend compte qu'eux ont eu un peu mieux. Mais pas beaucoup: l'exclu de la poignée de main avec Sarkozy (le gars ose, en plus, un "Qu'est-ce que vous faites là, vous?" en posant bien pour la photo. Sarkozy, attraction touristique: avant on photographiait les stars au pied de la Tour Eifel, maintenant c'est serrant la louche à Sarko), quelques bains de foules auprès de groupies, basta. Mais ça leur suffit pour consentir faire la promo du film. 
 
Mais c'est bien TF1 qui a été adoubée promotrice officielle du film. Il faut dire qu'elle a le profil gagnant: insipidité et audimat au maximum, bref media idéal pour faire passer Cruise pour un intello devant répondre à des questions de crétin. Petit échantillon: "Il y a eu une recrudescence de vocations de pilote de chasse après Top Gun, vous croyez qu'il en sera de même pour les chauffeurs de taxi?"; "Il y a eu Taxi Driver, on peut dire que, maintenant, il y aura Taxi Passenger?".
 
Le cinéma et la télévision continuent décidément avec un certain plaisir leur petit pas-de-deux, avec le cinéma comme otage condescendant et la télé comme financier ébahi devant tant de glamour. Le cinéma, c'est un peu comme l'aristocratie de l'Ancien Régime: qu'elle soit pieds et poings liés, financièrement parlant, n'empêche pas qu'elle affiche toujours le même dédain envers son bailleur de fonds. Qui d'ailleurs le lui rend bien, avec ses minauderies de valet de pied: râleries genre "le maître ne m'a même pas regardé", ou service appliqué de la soupe promotionnelle, la télé répond toujours présente pour être humiliée par ce qu'elle considère comme plus beau qu'elle.

15:02 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/08/2004

Jusqu'il y a peu, j'étais persuadé que la seule chose vrai

Jusqu'il y a peu, j'étais persuadé que la seule chose vraie, voire pure, c'était l'art, et que la culture n'était qu'une sorte de parasite, comme une nuée de phalènes attirées par la lumière aveuglante de l'art. Je me disais que la culture c'était comme une gangue ludique, commerciale, économique, voire financière qui finirait par étouffer la production artistique.
 
Cette vision romantique et, je crois, finalement assez moderne, j'en suis plutôt revenu, au point de penser l'inverse. C'est le concept d'art qui est un résidu de la culture. Ce qu'on appele art aujourd'hui, c'est l'ensemble des productions qui ont perdu leur sens et leur utilité dans la pratique culturelle quotidienne des individus.
 
C'est en relisant Dick, et plus précisément son roman qui a inspiré Blade Runner qu'en quelque sorte la confirmation m'est venue. L'idée de Dick, c'est que ce qui distingue l'humain de toute autre créature c'est qu'il est le seul à pouvoir croire à ses propres mensonges, et à y tenir.
 
Toute la production artistique, de tous temps, a tendu à entretenir ces mensonges: religions, pouvoirs, utopies, doctrines politiques, tous "mensonges" (disons illusions) qui forment le ciment des sociétés et qui sont au centre des pratiques cultu(r)elles quotidiennes. Tant que ces productions avaient pour fonction de maintenir l'illusion, il n'est venu à l'idée de pas grand monde de les considérer comme de l'art tel qu'on l'entend aujourd'hui (c'est-à-dire une sorte d'instance supérieure, intouchable et libérée de toute contingence). Ce n'est qu'à partir du moment où elles ont commencer à perdre leur sens (où des illusions se sont fendillées), donc environ à la Renaissance que le concept moderne d'art est né avec tout son cortège d'archéologie.
 
Du coup, je m'agace et m'inquiète de voir ces tentatives répétées d'inclure certains pans nde otre culture actuelle dans le domaine de l'art: cette volonté de remiser le cinéma au musée et de rejeter avec dédain la production actuelle (sans même parler de l'horripilant discours sur la mort du cinéma), ou encore le pathétique lobbying de l'industrie et la presse spécialisée dans le jeu vidéo en France pour faire passer le jeu au rang d'art avec pour seule conséquence une possibilité d'être subsidié!
 

09:07 Écrit par max_renn | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |